• Une exposition du Musée de la civilisation - Entre tradition et modernité

     

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    Les pow-wow représentent la version moderne des grands rassemblements des temps anciens. Les vêtements ont été confectionnés par Tammy Beauvais, une Mohawk, et le tambour par Hubert Martin, un Micmac.
    Photo: Jessy Bernier, Perspective 

    Entre tradition et modernité

    Une exposition du Musée de la civilisation, à laquelle ont contribué plusieurs chercheurs de l’Université, jette un nouveau regard sur les Autochtones du Québec
     
    Dès l’entrée, un écran de projection vidéo donne le ton. De nombreux visages d’enfants, d’adultes et de vieillards, plusieurs souriants ou riants, « regardent » avec bienveillance le visiteur qui s’apprête à pénétrer dans la vaste salle de 725 m2 consacrée à la nouvelle exposition permanente, une exposition de synthèse et de référence, du Musée de la civilisation: C’est notre histoire. Premières Nations et Inuit du XXIe siècle. «Ce montage sur écran veut démontrer la diversité des populations autochtones du Québec, souligne la chargée de projets Caroline Lantagne. Mais surtout, ces visages accueillants invitent les visiteurs à venir à leur rencontre.»

    Cette exposition remplace celle qui a tenu l’affiche pendant 15 ans sur la même thématique. Elle est le fruit d’une étroite concertation avec les différentes nations. Elle fait une plus large place à la réalité d’aujourd’hui des Autochtones, de même qu’aux enjeux contemporains qui les concernent. «On a donné la parole aux gens “ordinaires”, explique la chargée de projets. Ce point de vue, on le connaît peu.»

    Les chercheurs de l’Université Laval ont joué un rôle majeur dans le contenu de l’exposition. Les professeurs Caroline Desbiens et Frédéric Laugrand étaient membres du comité scientifique. Ce dernier de même que les professeurs Sylvie Poirier et Thierry Rodon ont réalisé des mandats de recherche respectivement sur les Inuits, les Attikameks et les revendications territoriales. Parmi les autres partenaires universitaires, mentionnons le Département d’anthropologie et le Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones. Des étudiants stagiaires ont été mis à contribution, ainsi que des étudiants autochtones de l’Université.

    À l’occasion de ce projet, les professeurs de l’Université ont transmis aux muséologues leur expertise scientifique, mais aussi leurs expériences de travail collaboratif avec les Premières Nations et les Inuits, indique la professeure Caroline Desbiens, du Département de géographie. Selon elle, l’exposition, attendue depuis longtemps, relève un défi. Celui de refléter la diversité de la réalité autochtone dans ses dimensions sociale, politique et intergénérationnelle. En plus d’établir un cadre historique qui représente bien ces différentes trajectoires. Celle-ci apprécie particulièrement l’usage de vidéos et de témoignages personnels de différents individus, tout au long de l’exposition. «Cela, dit-elle, aide au rapprochement et contribue à donner une image contemporaine des Inuits et des Premières Nations.»

    Les Autochtones d’aujourd’hui ont un mode de vie moderne tout en étant attachés à leurs traditions toujours vivantes. Ces communautés ont certes des défis importants à relever en ce qui concerne leur réalité socioéconomique, ou encore à l’égard de la persévérance scolaire. Mais on y trouve aussi des gens actifs qui veulent aller de l’avant et qui réalisent des projets. «Il y a une volonté de tirer parti des traditions et du savoir-faire passé et de se projeter dans une réalité contemporaine», soutient Caroline Lantagne.

    Quelque 93 000 Autochtones vivent aujourd’hui au Québec. Mais que savons-nous vraiment de leur histoire et de leur culture? L’exposition tente de répondre à cette question, entre autres au moyen de quelque 400 objets du quotidien. Mentionnons un sac de chasse, un canot en écorce de bouleau, des tambours, un empilement de pierres appelé inukshuk, un kayak en peau de phoque, des haches de guerre, une coiffe de chef, des amulettes et une pipe calumet. À cela s’ajoutent des projections de scènes naturelles spectaculaires sur de grands écrans semi-circulaires qui enveloppent l’espace. Il y a aussi plusieurs documents audiovisuels et des œuvres d’artistes autochtones contemporains.

    Dans la partie centrale de l’exposition, les réserves et les villages sont présentés comme autant d’enfermements devenus communautés et lieux d’appartenance. Dans une autre zone, le visiteur est invité à remonter le temps jusqu’à la paléohistoire des peuples autochtones, il y a plusieurs milliers d’années. Des récits de création du monde sont proposés. Un mur arborant des paires de raquettes devient une métaphore de la marche des Autochtones et des Inuits sur le continent. Puis vint la colonisation par les nations européennes. Plus de 400 ans de changements et de transformations que les Autochtones ont vécus avec force et résilience. Au 19e siècle, les politiques d’assimilation ont amené la création de la Loi sur les Indiens, des réserves et des pensionnats. Les 20e et 21e siècles sont le théâtre de luttes pour la reconnaissance des peuples autochtones.

    La période couverte se rend jusqu’au mouvement actuel Idle No More. Ce mouvement de contestation des Premières Nations, Métis et Inuits s’est étendu dans tout le pays en réaction à l'adoption, par le gouvernement Harper, du projet de loi omnibus C-45 qui entraînait, selon les manifestants, la violation des traités ancestraux.
     

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