• Un salon du livre autochtone

    http://zonedecriture.radio-canada.ca/2012/06/defis-et-enjeux-dun-salon-du-livre-des-premieres-nations.html

    Un salon du livre autochtone

    Le 10 décembre dernier avait lieu pour la première fois l'événement Kwahiatonhk! Salon du livre des Premières Nations. L'écrivain et créateur Louis-Karl Picard Sioui a participé à l'organisation de ce salon. Il nous parle des défis et enjeux que la mise sur pied d'un tel événement implique.

    par Louis-Karl Picard-Sioui
    À l'automne 2011, j'ai eu la chance de participer à l'organisation de l'événement Kwahiatonhk! Salon du livre des Premières Nations, parrainé par le café-librairie Hannenorak de Wendake. Je n'en étais pas à mes premiers faits d'armes, ayant déjà coordonné le Carrefour international des littératures autochtones de la francophonie (CILAF) en 2008. D'ailleurs, la formule de Kwahiatonhk! était la même : réunir auteurs, chercheurs et grand public. N'empêche, la tenue d'un tel événement, encore aujourd'hui, exige de surmonter de nombreux défis.
     
    Tout d'abord, si l'existence de la littérature autochtone ne fait plus de doute, force est de constater que nous n'avons toujours pas besoin de nos orteils pour compter les écrivains autochtones actifs au Québec. Certains pionniers, comme Bernard Assiniwi et Éléonore Sioui, nous ont malheureusement quittés. D'autres ont délaissé la plume ou ont tout simplement d'autres priorités. La relève est présente, mais ne trouve pas toujours l'ouverture nécessaire auprès des éditeurs, des libraires et des médias pour pouvoir percer. Les Naomi Fontaine demeurent l'exception plutôt que la règle. C'est la poule ou l'œuf : il faut des auteurs pour construire une littérature, mais il faut une infrastructure littéraire pour permettre l'émergence de nouveaux auteurs.
     
    Heureusement, du côté des chercheurs, l'intérêt est grandissant. Il s'agit d'un champ d'études pratiquement vierge, ce qui est particulièrement stimulant pour le milieu universitaire. De plus, une certaine complicité s'est développée entre les « étudiants » et les « étudiés », particulièrement depuis le CILAF, qui permet d'offrir une nouvelle visibilité aux auteurs dans les universités, en plus d'un excellent divertissement au public lors d'événements littéraires.
     
    Et puis, il y a la question du financement. Soyons réalistes : il existe très peu de subventions pour la culture autochtone. Et aussi ouverts que puissent être les commanditaires privés, ils ciblent avant tout les événements pour lesquels on suppose qu'un public important sera au rendez-vous. Il faut se montrer modestes et croire en la cause, parce qu'on ne peut pas justifier notre travail par le salaire.
     
    Reste la question la plus importante, celle du public. Ici, je me permets d'avancer une opinion fondée sur mes dix ans d'expérience dans les événements artistiques autochtones : les Québécois sont profondément touchés par l'art contemporain des Premières Nations, toutes disciplines confondues. Le seul problème, c'est qu'ils l'ignorent et, dans certains cas, ne veulent pas le découvrir. Là réside le principal défi.
     
    Je suis optimiste. Kwahiatonhk! attirera quelques centaines de personnes, et ce, malgré l'absence de couverture médiatique et une publicité presque inexistante, faute de budget. Malgré tout, la majorité du public mobilisé en décembre dernier ne provenait pas de Wendake. Une bonne partie n'était même pas de la grande région de Québec, mais de Montréal, de La Tuque et même d'Opitciwan! Pour ce qui est du potentiel économique, il y a certainement de quoi faire saliver les gens de l'industrie touristique en quête de nouveaux créneaux à développer. On dit que la passion est contagieuse.
      
    Louis-Karl Picard-Sioui est originaire de Wendake. Historien, anthropologue, écrivain et commissaire d'exposition, il refuse les catégorisations et se définit avant tout comme un créateur. Sa première publication, Yawendara et la forêt des Têtes-Coupées (Le Loup de Gouttière, Québec, 2005), a été en nomination pour le prix jeunesse du Salon international du livre de Québec, en 2006. Sa poésie a été diffusée dans des revues, des collectifs, des expositions et sur Internet, de même qu'adaptée pour un film d'animation. Il travaille depuis une dizaine d'années dans le développement et la promotion des arts.  

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