• SAMIAN - rappeur Algonquin

    Publié le 13 août 2011 à 07h10 | Mis à jour le 13 août 2011 à 07h10 

         http://www.cyberpresse.ca/   Le Nouvelliste

    Samian: une parole libératrice 

     Samian donne une voix aux gens des Premières Nations

    François Houde

    François Houde
    Le Nouvelliste

    (Trois-Rivières) Qui a dit que le rap ne s'adressait qu'aux jeunes? Samian, le rappeur algonquin, fracasse cette notion des centaines, voire des milliers de fois à chaque spectacle. Ses fans ont tous les âges, même qu'il attire davantage de gens âgés de 30 ans et plus que d'adolescents. Lors de sa prestation du 20 août à Trois-Rivières, il pourrait même ouvrir grande la porte du Festival urbain à une toute nouvelle clientèle. 

    S'il ne peut expliquer ce phénomène, il l'accepte comme un compliment. «Je pense que j'attire des gens qui aiment la poésie sans faire de catégorisation. Bien sûr, il y a beaucoup de jeunes mais la majorité des spectateurs, ce sont des gens plus âgés et souvent, ils viennent me voir pour me dire que c'est avec ma musique qu'ils ont découvert le rap ou qu'ils ont appris à l'aimer avec mes tounes. C'est sûr que c'est flatteur. Je n'ai jamais eu d'attentes spécifiques quant à la nature de mon public mais je prends ce phénomène comme un cadeau.»

    Si son parcours a été plutôt marginal depuis ses débuts, en 2004, les choses ont pris une nouvelle ampleur cette année alors qu'il a effectué une grande rentrée montréalaise pour y présenter son second album. «C'est par rapport au milieu du spectacle officiel que les choses ont changé, plaide-t-il. Disons que mes spectacles ont pris une coche supérieure au cours de la dernière année. Désormais, je monte sur scène avec un groupe: on est cinq  sur scène. Par contre, pour le spectacle de Trois-Rivières, je reprends ma formule un peu plus sobre avec seulement DJ Horg et moi sur scène.»

    «C'est sûr que de plus gros spectacles changent la dynamique. J'ai toujours dit qu'un spectacle, ça se fait à deux avec l'artiste et le public. Je me donne toujours à fond sur scène, mais quand tu es devant plusieurs milliers de personnes, l'énergie qui se véhicule est tellement intense. En plus, mes spectacles sont désormais plus longs et plus élaborés. Évidemment, ce sont les mêmes chansons avec les mêmes messages mais l'énergie n'est pas la même qu'aux débuts.» 

    Samian revendique. Il est la voix de tout un peuple à qui on refuse la parole. La couverture de son dernier album montrant le visage d'une femme autochtone dont la bouche est fermée par une fermeture-éclair est on ne peut plus explicite. Avec sa popularité grandissante, jamais son message n'a-t-il eu autant d'impact et de portée. «C'est clair que ça a un impact. Je le vois mais surtout, je me le fais dire par les gens que je rencontre dans les communautés ou les réserves. J'y ai même rencontré de jeunes enfants qui se prénomment Samian! Je suis content de la résonance qu'a mon message mais c'est sûr que d'abord et avant tout, ce qui me porte, c'est que j'aime faire de la musique et des spectacles. Les gens se déplacent en masse pour m'écouter et c'est super émouvant quand tu vois ça depuis la scène. J'interpelle autant des Québécois de souche que des gens des Premières Nations et les premiers apprennent souvent des choses qu'ils ignoraient des peuples autochtones grâce à moi et ça, c'est très satisfaisant.»

    D'ailleurs, au chapitre de ces spectacles gratifiants, il cite celui qu'il a offert à La Tuque le 21 juillet dernier et qu'il a beaucoup aimé et où on retrouvait un heureux mélange  d'autochtones et de Québécois. «C'était incroyable!», dit simplement Samian.

    Son message, il estime qu'il est universel. «C'est vrai que je parle pour les membres des Premières Nations mais en même temps, je revendique pour tous les moins nantis. Ce sont les droits de tous les êtres humains qui sont visés. Moi, je représente ceux qui n'ont pas de voix, les oubliés de notre monde et je sais que tous peuvent se reconnaître dans ce que je dis au nom des miens. La notion d'identité est aussi au coeur de mon propos et c'est quelque chose auquel les jeunes accrochent beaucoup. Je suis fier de mes origines comme chacun devrait l'être de sa propre identité.»

    Samian n'est pas marginal que dans ses opinions sociales. Dans l'industrie de la musique, il se situe également dans cette frange, pas énorme, de ceux qui sont tout à fait favorables au téléchargement gratuit de la musique. «L'industrie a changé, plaide-t-il. Désormais, les artistes ne font plus d'argent en vendant des albums mais en donnant des spectacles. Bien sûr, j'aurais aimé avoir des disques d'or mais en même temps, on ne peut pas priver les gens de notre musique. La musique est faite pour être écoutée par le plus de monde possible et c'est pour ça que je suis pour le téléchargement de la musique.»

    «Je suis conscient que certains n'ont pas les moyens d'acheter notre musique mais ils y ont pourtant droit au même titre que ceux qui ont plus d'argent. Je me dis que plus on télécharge notre musique, plus il y a de gens qui vont nous connaître et qui vont venir aux spectacles. Je dis merci du fond du coeur à ceux qui achètent mes albums mais je suis pour le téléchargement et pour la diffusion de la musique le plus possible.»

    Samian sera sur la scène du Festival urbain au centre-ville trifluvien, le samedi 20 août, dès 20 h 30.

    Un spectacle-bénéfice pour la Wapikoni mobile

    Samian assume ses opinions et quand le gouvernement Harper a été réélu, et majoritaire en plus, pour un autre mandat en mai dernier, le rappeur a exprimé sa déception.

    Il ne revient cependant pas sur le sujet avec plaisir. «La politique, c'est un monde que je déteste, avoue-t-il. Je n'arrive pas à m'identifier à ce milieu-là. Je trouve dommage que les Conservateurs soient majoritaires parce qu'on voit quel sort ils réservent à la culture, notamment. Pour moi, avec eux au pouvoir, c'est déception par-dessus déception.»

    «On vient de le voir avec la subvention qu'ils ont coupée pour le projet de Wapikoni mobile qui est paralysée à cause de ça.»

    La Wapikoni mobile est une roulotte/studio d'enregistrement qui se promenait dans les réserves des Premières Nations depuis quelques années pour donner l'occasion à quiconque d'enregistrer de la musique ou de faire des films. C'est par ce projet que Samian a pris contact avec les arts. «Non seulement c'est comme ça que j'ai commencé mais c'est grâce à ça si je suis encore en vie aujourd'hui. C'est dommage qu'on coupe la voix de ces jeunes-là qui ont tant besoin de s'exprimer. Ce que la Wapikoni mobile a apporté, c'est concret: ça a fait en sorte que certains sont retournés aux études, ça a donné du travail à d'autres. J'en connais qui y ont participé et qui ont poursuivi dans cette voie-là: certains sont devenus cameramen, d'autres ont réalisé des documentaires ou même des longs métrages. J'en suis devenu porte-parole parce que ça a eu un gros impact dans ma vie. C'est un projet extraordinaire.»

    «Le gouvernement a invoqué que ça ne créait pas assez d'emplois. Peut-être que ça ne rapportait pas assez d'impôts directs dans leurs poches, mais moi, je peux te dire que ça a sauvé des vies.»

    Samian a parlé à la cinéaste Manon Barbeau, créatrice du projet, à la suite de la décision gouvernementale et il compte faire sa part. Il va monter un spectacle-bénéfice pour ramasser des fonds pour le projet.

    «J'ai encore des spectacles à faire cet été mais après, en septembre, je vais me mettre là-dessus pour qu'on puisse présenter le spectacle en octobre ou novembre. Ça ne sera pas suffisant pour repartir le projet comme il était parce qu'ils ont perdu environ 500 000 $ avec la fin des subventions, mais on va leur donner un coup de pouce et peut-être que ça pourra permettre de faire repartir la roulotte pour un petit bout. Ce serait tant mieux. 

     

    <script type="text/javascript"> var _gaq = _gaq || []; _gaq.push(['_setAccount', 'UA-26978668-1']); _gaq.push(['_trackPageview']); (function() { var ga = document.createElement('script'); ga.type = 'text/javascript'; ga.async = true; ga.src = ('https:' == document.location.protocol ? 'https://ssl' : 'http://www') + '.google-analytics.com/ga.js'; var s = document.getElementsByTagName('script')[0]; s.parentNode.insertBefore(ga, s); })(); </script>

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :