• le 26 janvier 2012 - Projection du film TRUDELL et débat en présence de John Trudell

    Le 26 janvier 2012 lors du festival "Sons d'hiver"
    Université Paris Diderot (UFR Lettres, Arts et Cinéma (LAC))
    Projection du film TRUDELL et
    débat en présence de John Trudell
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    TRUDELL
    Réalisatrice - Heather Rae
    Produit par Heather Rae et Elyse Katz
    Couleur et noir & blanc - 78 min, 2005
    Version originale, sous-titrée français par le Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan)

    Diffusion en France : CSIA-Nitassinan (http://csia-nitassinan-trudell.blog...)

    Heather RAE : Cette jeune cinéaste et activiste cherokee évolue dans le milieu du cinéma depuis quinze ans. Elle a produit une vingtaine de documentaires et long-métrages et participé à l'organisation de nombreux festivals, notamment le festival de Sundance, dont elle a été responsable de programmation de 1997 à 2001. C'est en 1992 qu'Heather entame son projet de film sur John Trudell.

    TRUDELL retrace la vie du poète et activiste amérindien John TRUDELL. L'aventure commence il y a plus d'une décennie lorsque la cinéaste Heather RAE décide de raconter un homme à travers ses voyages, ses mots eet son engagement politique. Le film, qui s'éloigne des formes traditionnelles du cinéma, mélange archives, extraits de concerts, interviews et images abstraites, se rapprochant ainsi de l'esprit "coyotte" de TRUDELL et du pouvoir évocateur de son oeuvre.

    John TRUDELL : Depuis l'occupation de l'île d'Alcatraz en 1969 jusqu'à ce jour, son double cheminement d'artiste et de militant des droits des autochtones a fait de John TRUDELL quelqu'un d'internationalement reconnu. Il a été porte parole national de l'American Indian Movement de 1973 à 1979 date à laquelle un drame personnel brise sa vie, mettant fin à dix années de militantisme acharné. Pour survivre à ce drame, qu'il relie directement à ses activités militantes, il se met à l'écriture. En 1981 est publié son premier recueil, Vivre dans la réalité. Deux ans plus tard il commence à mettre ses poèmes en musique. Depuis John TRUDELL n'a céssé d'écrire; A travers le monde, délivrant son message, il récite-parle ses textes sur fond de musique rock et chants traditionnels. 

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     Rencontre avec une légende

    Pour quel point crucial faut-il se battre ?

    Intéressante question. Contre quoi se battre aujourd’hui ? Comment concevoir et penser une lutte ?

    Je pense que tout est propos d’énergie dans l’existence et que nous sommes confrontés à un système qui l’absorbe. La pensée, toutes formes de vies c’est une énergie que l’on qualifie d’électro magnétique, que l’on projette, d’où la nécessité de changer notre forme de pensée et de concevoir autrement le combat. Je fais une différence entre croire et penser. Penser serait d’utiliser cette force ou énergie électromagnétique, et suivre son flux.

    Croire, ce serait la mettre en boîte et la limiter.

    La plupart des combats qu’il y a eu, et ils sont nombreux face à ce système, étaient plutôt basés sur les croyances. Peut être faudrait il apprendre à les baser sur davantage de pensée dans le sens que je viens de décrire.

    Comment mener à bien un combat, ou cette chose que l’on définie comme telle ; peut être faudrait il passer d’une pensée chaotique ou incohérente à une pensée claire. Et une pensée claire en terme d’intelligence, est de réaliser davantage le pouvoir dont nous sommes dotés. On le constate lorsqu’on se sent désarmé, impuissant, et dans ces moments, la réalité nous le confirme, et vient affecter négativement notre entourage ou notre environnement. Il faut lutter contre ce négativisme de la pensée et plutôt propager une autre forme d’énergie pour être efficace.

    Je perçois la réalité comme un être humain, c’est ce que j’ai en commun avec vous tous. Nous sommes tous des êtres humains dans une société qui s’est exagérément développée industriellement. On voit bien dans le film, la manière dont on épuise les ressources de la terre, de la même manière que l’on épuise les ressources de l’être. Nous risquons de perdre notre identité en tant qu’être humain, nous devrions nous rassembler au lieu de nous diviser et  se rapprocher du modèle machirique.

    Ne prenez pas de décision trop émotionnelle, instinctive, parce que notre civilisation moderne nous a programmé à croire et nous émouvoir en niant notre origine d’être vivant appartenant à la terre.

    Il faut d’abord apprendre à penser individuellement avant de penser collectivement.

    Je voudrais clarifier ma définition de « l’émotion ». Nous avons déjà tous réagi émotionnellement pour le regretter ultérieurement. Je ne vous mets pas en garde contre les sentiments. On perçoit la réalité au moyen des sentiments que l’on éprouve. On ne peut pas s’en passer et heureusement, mais ces sentiments peuvent être ensuite court-circuités  par les émotions.

    Il se trouve que nous sommes pris dans un système qui sait comment utiliser ces distorsions, et nous faire oublier que la force des individus va au-delà des pouvoirs politiques, économiques et militaires auxquels nous sommes confrontés.

    Etes-vous vraiment optimiste pour l’avenir, comment voyez-vous l’évolution avec les relations virtuelles ? Que devient cette conscience collective ?  

    Je ne me définis ni comme optimiste, ni comme pessimiste, mais pragmatique. Pour moi les technologies, d’une manière générale, y compris virtuelles, nous ont détourné de notre humanisme….elles ne sont que le prolongement de notre perte, comme nous l’avons vécu, nous autres indiens, le jour où Christophe Colomb à mis le pied en Amérique.

    Comment vous situez vous par rapport aux luttes qui foisonnent dans toutes les communautés autochtones du Nord au Sud ? Vous mettez vous en relation ?

    Oui, bien sûr, j’entends, j’écoute, je m’informe des évènements au-delà de notre continent mettant souvent en cause la classe industrielle supérieure toujours avide de vouloir nous taxer encore plus, comme en ce moment aux Etats-Unis.

    Tous les systèmes, qu’ils aient été capitaliste, fasciste ou socialiste, ont été basés sur l’exploitation de la terre et des hommes. Si aujourd’hui on veut se battre contre cette oppression, il faut peut être essayer de ne pas répéter les mêmes erreurs….en prend-on le chemin ?

    C’est la raison pour laquelle, je m’interroge désormais sur notre stratégie afin d’apporter quelque chose de neuf, sans copier nos anciens, et même ma propre génération, sans être dans le réactif et toujours dans le souci d’aboutir à du concret qui fasse avancer nos revendications. L’expérience de mon parcours personnel m’a aidé à comprendre.

    Notre énergie n’est pas toujours employée à bon escient. Face à l’injustice, nous sommes tentés de réagir par la violence pour être écoutés, nous tombons dans le piège.

    Que faut-il faire ? La réponse n’est pas la « non violence », mais plutôt la « non coopération ». Imaginez que 30 à 40% de la population décide de ne pas consommer ne serait ce qu’une journée entière, nous serions beaucoup plus pris au sérieux, nous serions influents. Nous avons le pouvoir d’être acteur sur le consumérisme.

    Si vous êtes un leader identifiable, vous serez bien plus vulnérable que dans l’action d’un groupe « anonyme ».

    Avez-vous des contacts avec Leonard Peltier et pouvons-nous espérer une libération ?

    Je n’ai plus de contact avec lui depuis longtemps. Qui plus est, il est régulièrement transféré de prison en prison, il ne reste jamais très longtemps dans la même. Je pense que son procès ne sera jamais ré-ouvert et qu’il mourra en prison. Pour une raison très simple. Ils ne peuvent pas le laisser sortir, dans cette affaire, le FBI a des choses à cacher, et ne veut certainement pas qu’elles s’ébruitent. La fusillade qui est survenue ce jour là, cachait des opérations secrètes.

    Comme tout prisonnier, il a droit aux visites de ses proches et de sa famille. Techniquement, deux listes de visiteurs existent, sauf que ces transferts incessants obligent à rétablir les documents administratifs sans que sa famille en soit toujours informée.

    Sylvain (CSIA) : Je voulais juste apporter une précision, Leonard est actuellement à Coleman En Floride, il en isolement depuis juin, pour des motifs fallacieux. Il n’a eu aucun contact, ni avec sa famille, ni avec ses avocats. Sa liste est bloqué pour le moment, mais devrait prochainement ne plus l’être, probablement fin janvier.

    Quel est l’impact de votre musique, si cela dégage de l’énergie et comment pouvez-vous l’interpréter ?

    Nous créons, nous créons, nous créons… avec notre intelligence et nous percevons la réalité au travers de nos sentiments. D’une certaine manière l’être humain ne peut pas, ne pas créer, c’est inscrit en lui. Le feu créateur est notre plus grande force mais peut parfois être mal orienté. Nous créons en permanence notre propre réalité, ainsi que ses effets négatifs à travers des actions

    Nous sommes programmés à penser négativement, à baigner dans le péché, la culpabilité. Le résultat de tous ces sentiments, c’est que nous passons notre temps à nous battre contre nous mêmes, au lieu d’utiliser notre énergie dans une cause juste.

    Quand aux mots je ne peux pas réaliser vraiment leur pouvoir, mais je connais leur sens.

    Edith (CSIA) : C’est peut être ceux qui reçoivent et entendent ces mots qui peuvent le mieux répondre à ce sujet. Les textes de John ont inspiré et inspirent toujours beaucoup de gens.

    J.T : Les mots sont aussi des sons, des vibrations tout aussi importantes que leur signification.

    Il faudrait concevoir les problèmes à l’heure actuelle, sous cet angle là, plus par rapport à votre question, comme une désynchronisation entre les mots et les pensées ou les sentiments. J’essaye d’accorder la vibration de la pensée à la vibration du langage.  

    Le traducteur : je voulais faire juste un petit aparté sur  la rencontre avec les musiciens afro américains avec une perspective différente, mais d’Amérique du nord quand même. Ils expliquent à peu près la même chose entre vibration, pas forcément le langage, et réalité matérielle ou spirituelle.

    Public : C’est une culture très ancienne, car si l’on prend la culture indienne (inde), il y a des chants avec des mantras, ce sont des vibrations pour une élévation.

    Vous allez être aux côtés de Pura Fe, je voulais savoir si la femme amérindienne comme Pura Fe ou d’autres, incarnent le nouveau combat ?

    Pas nécessairement, mais elles puisent dans leur âme et leur culture, dans leur rapport au réel, ce qui leur paraît juste, c’est aussi un moyen d’expression militant.

    Je définirais Pura FE en tant qu’artiste, comme une femme ouverte, pour ne pas la figer dans une image, fusse-t-elle révolutionnaire.

    Après tout, qu’est ce que la révolution ? C’est revenir au point de départ. Politiquement lorsque l’on réussit une révolution, on remplace l’oppresseur, avec tous les drames humains que cela engendre.

    Personnellement, mon mode de pensée m’amènerait à me définir plutôt comme un « évolutionnaire »

    Pura Fe, par son art, n’a jamais oublié, qu’elle était avant tout un être humain.

    Qu’est ce que vous ont apporté, l’électricité et la technologie de l’oppresseur et son utilisation ?

    Je vis dans le même monde que vous. Je paye des impôts que je n’ai pas toujours envie de payer, je mange une nourriture pas toujours excellente et je dois composer avec tout çà.

    Je pense, pour répondre à votre question que nous avons domestiqué l’électricité pour traduire l’énergie qui existe déjà en nous, avec ma guitare par exemple comme quoi il est possible de ne pas se laisser diriger par la technologie…

    Je ne suis pas contre l’industrialisation. Si elle ne nous empêche pas d’être en harmonie avec la nature, je n’y vois aucun mal. Je suis contre son usage abusif qui nous détourne de nos origines. Est-ce que c’est l’outil qui doit dicter sa conduite à l’homme ou le contraire ?

    Que pensez vous du mouvement d’occupation dans le quartier de Wall Street, New York ?

    Je leur souhaite « bonne chance ».

    J’ai beaucoup d’empathie pour eux, je comprends tout à fait leur frustration et ce qui les excède, mais je vois les choses autrement.

    Wall Street a créé cette situation, c’était prévisible. Nous savons tous qu’il y a 1% de la population sur terre qui possède absolument tout, et 99% qui voudraient tout posséder.

    Mais au-delà de ce problème, regardez ces 10 dernières années, le 11 septembre a servi à faire passer le super « patriot act », le premier pas vers un état policier aux Etats Unis d’Amérique, c’est aujourd’hui devenu une normalité. Barack Obama par une nouvelle loi, a donné tout pouvoir à l’armée, a régi et statufié ce qu’était le terrorisme, stipulant qu’un individu américain sur le sol américain perçu comme une menace terroriste, pouvait du jour au lendemain être détenu à vie, sans que personne ne le sache.

    Les indignés de Wall Street n’ont à partager, que cette réaction émotionnelle, qu’encore une fois je comprends, mais qui peut être dangereuse, dans le sens où elle ne leur servira pas, car à la prochaine crise, chaque individu sera identifié et bâillonné. Il faut sortir de ce mécanisme d’identification, sortir également de cette idée que la démocratie existe et qu’elle va protéger les citoyens. Vous verrez probablement bientôt la même chose en Europe qu’aux Etats Unis.

    Question (je n’ai pas réussi à l’entendre sur l’enregistrement)

    J’ai beaucoup vécu et je suis toujours vivant. C’est ma seule certitude, je dois m’en souvenir. Je n’ai pas toujours tout compris de ce qui m’est arrivé dans cette aventure qu’a été, pour l’essentiel, ma vie. Nous somme sur terre pour la découvrir et l’explorer. J’ai expérimenté la tragédie et les états de grâce. J’ai une idée maintenant de ce qu’est l’équilibre de la vie.

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     Et oui !!! c'est bien moi !!!!

    REPORTAGE DE PATRICIA

    moi


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