• Le 11 octobre 2008 - Bobigny 30 ans de solidarité du CSIA

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    Le CSIA fête ses 30 ans de solidarité

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    Journée Internationale de Solidarité
    Des Peuples Indiens
    Des Amériques

    Le 11 octobre 2008

    Et bien oui, nous revoilà, encore une année de passée, et cette fois ci, nous fêtons un anniversaire celui des 30 années de lutte, de soutien du CSIA pour les premières nations. Des réussites, des progrès, mais malheureusement encore beaucoup trop d’exactions en Amérique du Sud, toujours les mêmes questions, les mêmes combats….Est ce que l’homme va grandir et évoluer ?…….j’imagine déjà quelques gloussements  ! ! ! ! !

     Beaucoup de monde, une très belle exposition de photos, des intervenants ô combien intéressants, un groupe musical, l’indispensable buvette pour une telle journée, des stands, à mon goût cependant, pas assez représentatifs.

     Mais sans plus attendre, laissons nous guider  ! ! ! ! !
    Patricia 

     
    Edith (Présidente du CSIA)

    Bonjour à vous tous
    et merci d'être ici 

    Le fil conducteur de cette soirée, et les grands thèmes récurrents aujourd’hui, que l’on ne peut éviter, sont les questions du génocide, de l’ethnocide, et pour les communautés autochtones, c’est évidemment la question de la souveraineté, de l’auto détermination des terres et territoires et des ressources naturelles.

    Il faut essayer de se représenter cette Amérique et au delà, cette planète, cette Terre Mère comme disent les Autochtones, qui est ponctuée de foyers de résistance, représentant environ plus de 350 millions d’autochtones dans le monde suivant les chiffres des nations unies. Ils n’ont jamais cessé de lutter, constamment victimes d’assassinats, en permanence criminalisés, et sur tous les fronts, en même temps dans leur communauté à défendre leur famille, dans les institutions et dans les forums à essayer de faire entendre leur voix.

    Mais cette journée est aussi une fête, pour nous, pour vous et tout ceux qui sont là, malgré les nouvelles souvent difficiles, parce que les gens viennent à la rencontre, à notre rencontre, non pas pour prendre et Accaparer, mais pour apporter quelque chose et partager.


             Sylvain Duez-Alesandrini représentant officiel en France
    du Groupe de Soutien à Leonard Peltier (LPSG).

    Pour briser les mythes réducteurs et porter la voix des communautés indiennes en Europe et à travers le monde, des comités se sont créés. En France, ce fut d’abord le comité de soutien aux indiens des Amériques, puis suite à un changement de nom, il devint le " Comité de solidarité avec les indiens des Amériques "

    En Suisse, existe encore une autre association "incomindios " toujours très active, En Amérique....

    Une des demandes proposée par les délégués indiens, consistait à célébrer chaque année une journée internationale de solidarité avec les peuples indiens des Amériques, en souhaitant qu’elle ait lieu vers le 12 octobre, en opposition avec le " colombus day " aux Etats Unis, jour de Christophe Colomb, fête perçue comme raciste par les communautés indiennes et afro américaines. En Amérique latine et dans de nombreux pays, on nomme cette journée " jour de la race ", une ode aux conquêtes et aux conquistadors.

    Fidèle à son engagement, le CSIA s’est attelé à la tache, et organise désormais cette journée depuis 1981, chaque année, autour du samedi le plus proche du 12 octobre, invitant des délégués afin que le public français, les militants, puissent les rencontrer et développer ces liens de solidarité.

    Je suis très honoré de laisser maintenant la parole à Edith.

    Edith est présidente de l’association. J’y ai adhéré moi même en découvrant les livres qu’elle a écrit après 1977, et tout le travail de son comité. Je remercie également toutes les personnes qui ont donné du temps et de l’énergie pour que les droits des populations autochtones avancent dans le monde. Nous avons fait tous ensemble un pas en avant, depuis l’adoption, il y a un an, de la déclaration des droits des peuples autochtones aux nations unies….. j’en suis très heureux, et cela doit nous encourager à continuer nos actions !

    J’ai envie de revenir sur la fin des années 70, et particulièrement en 77, où certains d’entres nous ont eu la chance d’être à Genève en même temps que ces délégations amérindiennes, ces délégations autochtones, toutes générations confondues, jeunes et anciens, qui sont venues en vêtements traditionnels, notamment une femme, Winona LA DUKE, notre invitée au début des années 80, puis en 2001, et qui a l’époque avait 17 ans. Elle avait été chargée par le conseil international des traités, de porter le dossier sur la défense des ressources naturelles, il y avait aussi à l’époque un Délégué des Anciens de la nation Hopi David MONONGYE et Thomas BANYACA leader spirituel Hopi, les leaders de l’AIM (American Indian Movment) des gens qui ont résisté, dont certains résistent toujours ! c’était vraiment une vision extraordinaire, cela faisait déjà des décennies que les résistants indiens essayaient de percer le mur du silence, pour enfin acquérir l’exposition qui leur permettrait de faire avancer leur lutte pour les droits souverains et à l’auto détermination. Toutes ces délégations avaient reçues mandat des anciens et des chefs traditionnels des diverses communautés . D’une certaine manière, il a fallu travailler d’arrache pied pendant 30 ans pour aboutir, comme disait sylvain, il y a peu de temps à la signature par l’assemblée générale des nations unies, de cette déclaration sur les droits des peuples autochtones. C’est une grande victoire, mais c’est aussi simplement une étape…..Je crois que cette journée va nous montrer combien il est difficile d’avancer, " un pas en avant, un autre en arrière " ! nous allons voir, combien tout le travail de solidarité qui est fait à l’échelle internationale, est important et malheureusement toujours nécessaire.

    J’aime bien raconter cette petite histoire : " un enfant de 9 ans à qui je disais : toi aussi peut être, quand tu seras grand, quand tu auras 20 ans, tu aideras aussi le comité de solidarité avec les indiens des Amériques….il m’avait répondu, ben non, moi quand j’aurai 20 ans, il n’y aura sûrement pas besoin d’un comité comme celui là. " Ce n’est évidemment pas le cas, mais en même temps cette solidarité, pour la défense des droits nous permet de tisser ensemble, des liens d’amitié. Nous verrons, au cours de cette journée, au travers des différents témoignages, comment la solidarité à permis de faire avancer les choses, et combien ce racisme, cette dénégation des droits à l’autodétermination est malheureusement toujours aussi forte.

    Il faut se rappeler qu’en 1994, avec des personnes engagées dans le mouvement latino-américain, nous étions une des premières associations, même si nous n’étions que 10, à être devant l’ambassade. Quelques personnes sont venues s’impliquer avec notre groupe, dans un élan de solidarité qui nous a permis de constituer un réseau fort et abattre beaucoup de travail.

    (Sylvain) : Nous allons maintenant demander à la délégation Mohawk
    de venir nous rejoindre

    (Sylvain) : " Pour nous, le soutien à la nation Mohawk remonte à très longtemps, c’était aussi notre combat avec la confédération Haudenosaunee en 1977 aux nations unies. Nous les avons également accompagné en 1990 lors des démarches de solidarité pendant la crise d’Oka à Kanesatake, c’est à cette occasion que nous avons rencontré Kenneth DEER, et que nous avons continué notre mission, toujours au sein des nations unies, pour faire valoir leurs droits lors de l’adoption de la déclaration des droits des peuples autochtones. C’est un honneur d’avoir Kenneth avec nous. La confédération Haudenosaunee fait partie de l’histoire de solidarité du CSIA, et plus largement du réseau de solidarité au niveau Européen. Lorsque l’affaire d’Oka a éclaté, on s’est souvenu avec Kenneth que notre première rencontre datait de la manifestation de Munich, organisée le matin même, et qui regroupait des personnes d’"Incomindios",de
    " big mountain action group ".
    Nous avions pu entrer dans le consulat, mettre le drapeau de la confédération Haudenosaunee à la fenêtre et discuter avec des représentants du gouvernement canadien pour que cesse la répression contre les communautés Kanesatake et Kahnawake.

    C’est donc pour moi un honneur de vous présenter Kenneth et Thomas DEER ! "

    KENNETH DEER
    Il s'est énormément impliqué dans l'élaboration de la
    Déclaration des Nations Unies sur les Droits
    des peuples autochtones. Il a également co-organisé le
    Caucus autochtone depuis 1994 et l'a co-présidé à de nombreuses reprises.
    En 2000, il est Président/Rapporteur du séminaire sur les Médias
    Autochtones aux Nations Unis, à New York. Il est membre du groupe de travail à L'ONU
    sur les techniques de l'information et de communication (ICT), créé en 2005 lors
    du Sommet Mondial sur la Société de l'Information à Tunis.
    Il est impliqué dans la création du portail autochtone, portail géré par et pour
    les autochtones. Il a été éditeur de "The Eastern Door" jusqu'en 2007. Ce journal
    hebdomadaire, qu'il a créé en 1992, est diffusé au sein de la communauté
    mohawk de Kahnawake et lauréat de plusieurs prix décernés par la profession.


     " Tout d’abord, je voudrais apporter mes salutations à vous tous ici, des salutations de la part de mon peuple, de nos leaders, et de nos mères de clan. Il est vrai que nous avons de très bonnes relations nous les Mohawk, mon peuple, ma communauté, avec le CSIA, et je voudrais les remercier pour ces trente années de travail et de soutien. Sylvain a rappelé très justement les évènements de 1990, de notre première rencontre. Le CSIA nous a été très très précieux par son soutien, cela nous a permis de parler du conflit qui opposait la communauté Mohawk au gouvernement. Le CSIA abat beaucoup de travail, les autres organisations sont aussi des alliés de poids, elles représentent le seul véritable moyen que nous ayons pour informer sur les réalités, et sans eux, il est clair que nous ne serions pas ici.

     Cela fait déjà 5 ou 6 fois que je viens et que je m’adresse à vous qui venez me rencontrer !

     Ce dont je peux vous assurer, c’est que les Mohawk aux Etats Unis et au Canada sont encore bien vivants, nous avons survécu et nous combattons toujours. La signature de la déclaration des droits des peuples autochtones par les nations unies, récemment, est l’action la plus importante et significative. En ce qui me concerne cela fait 21 ans que je suis actif dans ce processus avec la confédération Haudenosaunee, impliquée elle, depuis 1977, soit depuis le début. Il faut savoir que les deux états nations, les Etats Unis et le Canada où se situent les terres de mon peuple, là où vivent nos communautés, ont refusé de signer cette déclaration. Paradoxalement, ce sont ces deux mêmes pays qui se sont retirés du processus contre le racisme.

    Concernant les Etats Unis, nous espérons changer un peu la nature des relations entre les Mohawk et le gouvernement américain si OBAMA gagne les élections, bien que nous restions discrets à ce sujet. Au Canada, auront lieu des élections pour élire un premier ministre et donc un nouveau parlement. C’est un moment très important pour nous, c’est une des clés d’un réchauffement des relations, puisque depuis plusieurs années, nous supportons un gouvernement conservateur absent de tous les débats progressistes. En réalité, il est très probable que nous ayons à subir à nouveau, pendant 4 ans, un gouvernement à majorité conservatrice, voire d’extrême droite. Quoiqu’il en soit, et quelque soit le prochain gouvernement, nous Mohawk avons bien l’intention de poursuivre le combat qui est le nôtre depuis longtemps, et qui pour l’instant nous a mené jusqu’à cette déclaration des droits des peuples autochtones.


    edith, Kenneth DEER, Kari Ann COWAN-PELTIER

    L’article le plus important de cette déclaration, c’est l’article 3, celui qui affirme, notre droit à l’auto détermination : nos droits à notre langue, à la culture, à l’éducation, à la santé, à nos terres, à nos ressources naturelles. Cette déclaration n’est certes pas parfaite par bien des aspects, néanmoins, elle nous reconnaît déjà une certaine légitimité. Sur ce point là, je tiens à féliciter votre gouvernement qui a l’ a voté. Et bien évidemment, j’ajoute que les droits de cette déclaration, doivent être appliqués en Guyane Française, et sur les autres territoires sous gouvernance française, où vivent des peuples autochtones.  

    Bien que non contraignante à nos yeux, cette déclaration met beaucoup de pression sur les Etats. Dans tous les pays quasiment où vivent les peuples autochtones, nous sommes des minorités. Nous devons continuer à nous battre pour vivre et pour survivre. L’intérêt , c’est qu’elle nous donne des outils pour continuer à lutter pour nos terres. Nous devons continuer à enseigner à nos enfants, aux enfants de nos enfants comment continuer à combattre…..si nous ne le faisions pas, nous disparaîtrions.

    (Sylvain) : Sur ces mots, je passe maintenant la parole au prochain intervenant Mohawk.

    THOMAS DEER
    Teiwoi:sonte Thomas DEER est membre du clan du loup et citoyen de la
    Confédération Haudenosaunee des 6 nations. Il réside sur les terres de la nation
    mohawk, à Kahnawa'ke. D'abord Etudiant au Centre Culturel et linguistisque
     de Kanien'keha:ka Onkwawén:na Raotitiohkwa(KOR), il y travaille aujourd'hui
    afin de préserver, de promouvoir et d'enrichir la langue et la culture du peuple
    Kanien'keha:ka (mohawk). En tant qu'ambassadeur culturel du KOR, Teiwoi:sonte reçoit
    des délagations du monde entier qui désirent en savoir plus sur la culture Kanien'keha:ka.
    Il parcourt également le monde afin de représenter le KOR au cours de conférences
    et de rencontres sur les thèmes de la protection et de la promotion des langues
    et cultures en danger. Teiwoi:sonte est également très investi au sein de la Maison
    longue de la nation mohawk à Kahnawa:ke l'institution politique et spirituelle traditionnelle
    de la Confédération Haudenosaunee des Six nations. Représentant son peuple à l'étranger,
    il a participé à plusieurs séances de travail concernant les droits des
    peuples autochtones aux Nations Unis. Au cours de voyages dans d'autres
    Pays du monde, il a veillé à établir des relations amicales de nation à nation.
    Depuis onze ans, Teiwoi:sonte est secrétaire du Rotisken"rakéhte, la branche
    Kahnawa:ke de la société des guerriers mohawk, avant garde du peuple
    Kanien'keha:ka sous la supervion de la Maison longue.

    Je voulais commencer mon introduction dans ma langue traditionnelle en vous remerciant d’être tous ici présents. Mon nom traditionnel "Teiwoi:sonte" veut dire " recouvert par la glace ", mon nom anglais est Thomas DEER. Je fais partie du clan du loup, de la nation Mohawk, membre de la confédération Haudenosaunee.

    Depuis 11 ans, je suis le secrétaire de la société des guerriers qui sert en qualité de protecteur de la " longue house", notre gouvernement traditionnel. Depuis 3 ans, je m’occupe du centre culturel de ma communauté, des liaisons culturelles et de tout ce qui concerne le développement graphique.

    Concernant le combat au sein de la déclaration des droits des peuples autochtones, j’aimerais revenir sur l’article du droit à l’auto identification, Ce droit a été pris en compte depuis longtemps par notre confédération, peut être que certains d’entre vous le savent, mais pour affirmer sa reconnaissance symbolique, nous voyageons avec un passeport de la confédération Haudenosaunee .

    Nous saluons cette mention de la déclaration, mais nous pensons aussi qu’il est de notre devoir d’aller plus loin encore. Nous nous devons de valoriser cette auto identification, et d’affirmer la spécificité de nos cultures. 

    Il fut un temps, pas si lointain, et je ne suis pas vieux, où nous n’avions pas le contrôle de notre propre éducation. Jusqu’en 1970, le système éducatif était régi par l’Etat Fédéral avec un partenariat de l’église catholique. Ils voulaient nous intégrer dans la société canadienne, nous assimiler pour que nous devenions de bons citoyens canadiens, et détruire notre identité en tant que peuple autochtone. Heureusement, dans les années 70, s’est opéré un renouveau culturel et identitaire, une revitalisation des cultures traditionnelles. Sans demander au pouvoir fédéral en place, nous avons repris le contrôle de notre système éducatif.  

    Fin des années 70 et début des années 80, nous avons été une des premières communautés à mettre en place la première école élémentaire entièrement en langue Mohawk, en immersion totale. Notre conseil des chefs a également fondé deux écoles qui enseignent l’histoire, sans occulter la nôtre. Au travers de ces 20 dernières années, des études ont permis d’affirmer que ces projets se sont déjà révélés être des succès ! 

    Nous avons cependant pu analyser 3 choses : la première est le nombre décroissant de Mohawks parlant notre langue, les anciens, qui eux la parlaient couramment, venant petit à petit à disparaître. La deuxième que nous avons pu définir, c’est aussi l’influence négative de la télévision qui ignore totalement notre culture. La troisième, une des plus intéressantes, c’est que nous nous sommes rendus compte qu’il y avait un fossé, entre des enfants apprenant le mohawk et des parents anglophones qui ne le parlaient pas, d’où une difficulté de communication, ce que certains éducateurs firent remarquer : "  notre langue malgré notre enseignement ne reste qu’une langue scolaire. Lorsque les enfants rentrent chez eux ou jouent avec leurs camarades, ils réutilisent la langue anglaise ".

    Avant le contrôle de ce ré-apprentissage de la langue, on conseillait aux Mohawk de ne plus la parler, sous peine d’être exclu du monde du travail et de la société. C’était très dur pour les gens de mon âge, car nous ne pouvions communiquer avec ceux de la génération précédente. Après ces constats dans les années 2000, notre communauté, au travers de rencontres et de débats, s’est attachée à persévérer dans ce programme de développement culturel et linguistique afin qu’il perdure avec efficacité.

    En 2001, le centre culturel, mon organisation et d’autres institutions, avons défini un nouveau programme, que l’on peut traduire dans notre langue par "  nous rendons notre langue plus forte encore aujourd’hui ". Un des objectifs de ce nouveau concept a été de combler ce fossé générationnel, pour que les parents des enfants impliqués, puissent eux aussi ré-apprendre leur langue originelle.

    Je suis donc très heureux de vous annoncer que le projet, au préalable d’un an, a été étendu à deux, avec dans un premier temps l’étude et l’apprentissage basique de la grammaire, et dans un deuxième temps, de la culture, de nos valeurs traditionnelles et spirituelles. Autre satisfaction, nous avons créé une chaîne dans notre langue. Depuis 4 ans nous avons développé 4 émissions qui sont diffusées au niveau interne, au sein de notre communauté dont l’une est un programme sur les évènements culturels et les informations importantes pour nos communautés, et une autre pour les enfants en réponse à la culture dominante. Depuis ces 4 années, nous enregistrons un retour positif au sein de la communauté, notamment le programme pour les enfants. Cela nous a encouragé à mettre en place dans les écoles un spectacle de marionnettes interactif, et parfois les enfants se mettent à leur parler dans leur langue en pensant qu’elles sont vivantes. Une véritable synergie s’est installée au sein de notre communauté et cela nous donne espoir que notre culture et notre langue puissent se transmettre aux futures générations.

    Je voudrais vous narrer une histoire personnelle : pendant la crise d’Oka en 1990, j’ai rejoint notre société de guerriers pour défendre notre terre et notre territoire. Je me suis interrogé : puisque moi je venais d’une famille chrétienne que j’avais la peau claire, mis à part la langue, qu’est ce qui me différenciait des ennemis qui nous ont attaqués  ? Et j’ai trouvé la réponse, c’était la " Long House " la maison longue, le vecteur et le référent social, culturel et politique pour notre communauté. J’avais 14 ans quand j’ai rejoint ce combat, et la première chose que j’ai décidé, c’est de m’asseoir et d’écouter les anciens. Durant toutes ces années 90, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour suivre et essayer de comprendre avec leur concours et leur aide. Mais nous avons pu constater que ces anciens disparaissaient un à un. En 1999, notre chef cérémoniel est décédé, et nous les jeunes avons commencé à nous regarder en nous demandant qu’elle sera notre réponse face à cette triste évolution. C’est peut être ce qui nous a guidé dans les années 2000 et a poussé ma génération à se réapproprier notre langue traditionnelle. C’est à ce moment que nous avons voyagé à travers toute la confédération iroquoise pour les écouter et rattraper le temps perdu, car il était de notre responsabilité de perpétuer les traditions. Je suis donc fier d’annoncer qu’en 2008, nos cérémonies traditionnelles continuent d’exister, avec les chefs traditionnels et cérémoniels, les anciens qui nous restent, et les jeunes qui font de nous ce que nous sommes. Grâce à ces jeunes, nous gardons l’espoir !

    Avant de conclure je voudrais revenir au début de ma réflexion sur l’auto identification de la déclaration des droits des peuples autochtones : c’est une responsabilité très lourde, mais nous savons qu’aujourd’hui, nous sommes prêts à l’assumer. Si effectivement nous avons fait un pas et avancé, nous n’aurions pas pu le faire sans le soutien des organisations internationales comme notamment celle du CSIA ou  incomindios, soit toutes celles qui nous aident et qui nous ont aidé à être ici aujourd’hui avec vous. J’aimerais souligner aussi le fait, qu’il n’est pas facile de venir ici à Paris, en utilisant le passeport de notre confédération iroquoise.

    WALEHA JOHNS
    (Diné - USA)

    Originaire de la communauté de Forest Lake,
    sur la réserve Navajo en Arizona. Elle assiste dès son plus jeune âge,
    aux effets destructeurs de l'exploitation minière. En 2001, alors étudiante
    elle co-fonde la "Black Mesa Water Coalition

    Je commencerais par souligner, en ayant écouté mes deux frères avant moi, qu’il est toujours désolant de réaliser que les mêmes problèmes se posent partout, quels que soient les peuples autochtones concernés, où que vous soyez, je ne me serais pas exprimé autrement, avec les mêmes mots pour en parler !

    L’endroit d’où je viens, s’appelle Black Mesa, en Navajo, en Diné. Black Mesa est une montagne " féminine ", créée ici même par les esprits, sa force nous est supérieure. A ses côtés, existe son pendant " masculin "  et quatre autres montagnes sacrées, qui entourent la réserve Navajo, à l’Ouest, à l’Est, au Nord et au Sud. Elles forment une sorte de diamant, avec au centre, Black Mesa et la montagne masculine.

    Nous avons deux principales rivières sur la réserve, une à l’Ouest et une à l’est, et deux cours d’eau moins influents dans la région. Pour nous, toute cette zone dont je vous parle, est notre autel, au sens religieux et spirituel du terme, c’est notre foyer, c’est là que les esprits ont voulu que nous vivions en harmonie avec la nature. Des enseignements transmis de mes parents et de mes grands parents, j’ai réalisé que ce territoire représentait notre identité et qu’il nous fallait le préserver. Sur ce territoire, une compagnie des Etats-Unis exploite depuis presque 30 ans une des plus grandes mines de charbon à ciel ouvert du pays. Nous soutenons, moi, ma famille, et tous les gens qui habitent cette région, l’organisation " Black Mesa Water coalition ", fondée par des jeunes, pour lutter contre cette mine et pour l’accès à l’eau. En effet, " Peabody " pompe notre eau (environ 3 millions de galons), depuis presque 35 ans, une eau très saine. Cette eau est transportée pour être transformée en électricité, à plus de 500 kilomètres de la réserve, pour y alimenter le sud-ouest des Etats Unis, résultat, la plupart de nos sources se sont asséchées, et notre nappe phréatique diminue petit à petit, inévitablement.

    Beaucoup d’anciens considèrent que le charbon est le foie de cette région, et ce foie a une fonction en lien avec la Terre Mère. Son rôle est de la purifier, le charbon doit donc rester là où il est, comme tous les autres éléments, que vous appelez les ressources naturelles. De la même manière que notre corps souffre, lorsque que vous l’amputez d’un organe, la Terre Mère souffre elle aussi, si on lui enlève son foie ou tout autre élément comme l’uranium et le pétrole. 

    Avec mon organisation, nous avons d’abord visité les communautés en nous réunissant, pour les informer afin qu’elles puissent s’organiser et faire pression sur notre gouvernement tribal, sur le gouvernement de l’Etat et sur le gouvernement fédéral. Le gouvernement tribal ne représente pas nécessairement les gens qui vivent sur ces terres de Black Mesa. Nous voulions qu’il réalise qu’il ne faut pas utiliser cette eau en la gaspillant. Dans la communauté d’où je viens, et dans celles avoisinantes, beaucoup de gens sont fermiers ou éleveurs : ils sont obligés d’aller chercher l’eau à la rivière n’ayant pas accès à l’eau courante. Il est plutôt cynique, que nous fournissions, depuis 35 ans, l’eau à tout le sud ouest des Etats Unis, en aidant en cela, des communautés à se développer, alors que pleins de gens chez nous, n’ont pas l’eau courante, ni l’électricité. L’augmentation du prix de l’essence n’arrange en rien le problème de ces familles ! La sécheresse est aussi un problème grandissant dû au changement climatique. Je suis fier d’appartenir à ma communauté , je suis fier de notre lutte pour l’amélioration de nos conditions de vie, du respect de nos traditions et des enseignements spirituels qui nous ont été transmis. Mais c’est un combat difficile, nous sommes dans le ventre de la bête, puisque c’est notre propre gouvernement tribal qui a signé l’accord avec " Peabody ". Il faut toujours affronter cette machine administrative et bureaucratique. Nous sollicitons notre gouvernement tribal, pour qu’il encourage les " emplois verts " comme je les appelle, liés à nos traditions, tissage, culture des plantes utilisées par notre communauté. Nous voulons parvenir à l’autosuffisance, favoriser les échanges……et continuer de faire pression, contre ce gouvernement tribal qui encourage toujours l’exploitation du charbon. Nous essayons, en ce sens, de faire passer une loi, avec le soutien d’un leader Navajo.

    Pour conclure, je dirais que nos luttes sont toutes liées, et qu’il faut affronter ces états qui en veulent toujours plus, les Etats-Unis comme les autres, et je ne parle pas seulement pour ma communauté, mais d’une façon plus générale.

    Merci 

    Site : www.blackmesawatercalition.org et www.ienearth.org

    JUAN CHAVEZ
    (Purépécha du Mexique)

    Paysan et maître d'école dans la communauté de Nurio, dans le Michoacan,
    à l'ouest de la ville de Mexico. Il appartient à la nation
    P'urhépecha, dont la langue est l'une des
    soixante deux encore parlées dans le Mexique aujourd'hui.
    Porte-Parole de sa communauté, membre du Congrès National Indigène (CNI)

    Nous avons toujours essayé de préserver nos connaissances en terme d’environnement dans le cadre du respect de la Terre Mère. Mais dans les années 50/60, les gouvernements néo libéraux et capitalistes ont commencé à introduire les engrais chimiques et les pesticides contaminant la ville, l’eau, l’air et agressant la nature. La mécanisation a été introduite à cette époque, avec une technologie qui n’était pas appropriée aux sols ; cela a changé la richesse et l’équilibre des nutriments de la nature. Les sols se sont appauvris, les lacs ont commencé à s’assécher, les rivières ont été détournées. Les années 70/80 ont vu se développer de grands projets d’entreprises industrielles, d’hôtels, de restaurants ou encore de golfs….

    Le président Salinas réforma dans les années 90, l’article 27 (réforme des terres collectives : droit à la terre comme propriété sociale, privatisation en en faisant un droit individuel ) de la constitution mexicaine et signa le traité de libre échange entre le Canada, les Etats Unis et le Mexique. C’est là que l’on mit en place de grands plans d’infrastructure, de grands mégas projets, comme les puebla-panamà, le plan Colombie, le plan Alena…. et récemment celui qui conforte la soumission de l’armée mexicaine à celle des Etats-Unis. En Basse Californie, un parc éolien industriel a été donné en concession aux entreprises multinationales espagnoles.

    Des mégas projets de voies rapides sur tout le territoire, du nord jusqu’au pacifique, ont été adoptés, au service des capitalistes nord américains, pour le transport des marchandises depuis l’est des Etats Unis vers le plus grand marché du monde, de plus de 250 millions de consommateurs, le marché asiatique.

    Le président Salinas, le président actuel Calderon privatisent et donnent en concession les minéraux, aux entreprises canadiennes ou européennes, de l’Inde ou de Chine.

    Ils exploitent les minéraux à fleur de terre avec de la dynamite ou du cyanure. De cette façon, ils contaminent l’eau, la terre, la nature et l’environnement. Ils s’approprient de grandes surfaces, de grandes extensions de terre qui appartiennent aux nations, aux peuples et aux tribus indiennes, en les déclarant hypocritement " aires naturelles protégées " mais en les bradant en réalité aux multinationales.

    Toutes ces politiques, sont des politiques de mort, pas seulement pour le peuple du Mexique. Ils provoquent de grandes migrations, cela octroie certes quelques emplois, mais pour très peu d’élus. La majorité des travailleurs indiens, des ouvriers, des femmes et des jeunes qui vivent dans les villes sont au chômage et migrent en masse vers les Etats Unis. Cette politique de répression s’applique sur tout le continent et dans toute l’Amérique Latine, de la terre de feu, jusqu’à l’île de la tortue. Elle vaut aussi en Asie, en Afrique, en Océanie, où d’un côté il y a des richesses, et de l’autre une extrême pauvreté. Des résistances existent, par exemple dans cette autre France, celle que nous avons pu rencontrer, avec des jeunes qui luttent pour récupérer la terre, ou pour obtenir le droit au logement, pour rétablir les cultures biologiques, organiques, où ils utilisent des semences, des graines naturelles, où ils recherchent un projet de vie, comme ces coopératives pour produire des aliments sains, mais sans ou avec très peu d’appui des gouvernements. C’est le cas de nos frères paysans qui luttent contre les OGM, qui sont emprisonnés et doivent payer des amendes de 250 000 euros. Partout, des luttes s’organisent pour un monde meilleur, contre Monsanto  par exemple, le leader mondial de l’OGM et de ses produits empoisonnés !

    Au Mexique, le traître président Calderon, a élaboré une loi, soit disant pour la protection des semences, mais cette pseudo loi est dictée par  Monsanto, dont le but n’est que de favoriser cette multinationale en achetant et brevetant les semences des peuples indiens. Ces lois sont scandaleuses et criminelles pour tous les peuples du monde. Elles attentent à la souveraineté alimentaire et nous soumettent à la dépendance des multinationales, qui fixent les prix des aliments " empoisonnés " que nous devrons payer sans autre choix. 

    Il y a aussi le problème des centrales nucléaires qui se construisent dans le monde, les expérimentations, les essais dans les océans, où les décharges de résidus nucléaires, qu’ils entreposent dans les déserts. Le président des Etats Unis et le gouverneur au nord du Mexique se sont mis d’accord pour installer une décharge dans le désert au nord du Mexique, sans tenir compte de la biodiversité existante. Face à cette situation, les peuples indiens, les nations et les tribus qui sont adhérents à la 6ème déclaration de la forêt Lacandone, les Zapatistes, et d’autres organisations, des jeunes, des travailleurs, des artistes, des hommes et des femmes humanistes, nous luttons pour un nouveau projet des nations, pour une nouvelle constitution, pour un projet de vie, et non de mort.  

    C’est cela que je voulais partager avec vous, c’est de cela que nous avons parlé avec les différents collectifs et organisations que l’on a pu rencontré ici en France. Pour que l’on puisse construire ensemble un autre monde pour tous, pour que la planète Terre continue d’exister, pour que la Terre Mère continue d’exister, pour que la vie continue d’exister, les poissons, la nature et toutes les espèces qui la peuplent, en respectant toutes les formes de lutte et d’organisations. Nous devons faire l’effort de rassembler nos cœurs, pour unir nos paroles, construire un accord, un projet pour un nouveau monde, pour l’humanité contre le néo libéralisme et rejeter le capitalisme à outrance, s’en débarrasser pour qu’il n’attente plus à la vie, à la nature……pour que l’avenir des enfants, des jeunes, des femmes et des hommes soit un futur du bien être, de santé, du respect, de démocratie, de liberté et de justice…..et pour les peuples et tribus du Mexique, que les lois du Président Felipe Calderon, restent lettre morte, c’est ce qu’ont souhaité et déclaré les peuples d’Amérique dans leurs différentes réunions et sessions dont la première avait lieu à Vicam, état de Sonora. Pour les indiens, tribus et peuples du Mexique, la loi suprême reste les accords de San Andrés  

    Merci

    (Sylvain) : Nous passons maintenant de la grande île de la Tortue aux Etats Unis, au sud du Chili , avec une représentante qui vient du territoire Mapuche, je laisse donc la parole à Sylvia

    SILVIA ANCAN
    (Mapuche du CHILI)

    Professeur mapuche et membre de l'organisation de professeurs mapuche Kimeltuchefe,
    elle lutte pour les droits éducatifs, linguistique et culturels de son peuple.
    Elle a été l'objet de persécutions et de discriminations de la
    part de l'institution catholique qui l'employait, pour avoir voulu faire
    valoir au sein de l'école où elle enseignait les valeurs et la culture mapuche.
    Elle développe aujourd'hui un projet d'éducation
    mapuche autonome dans les communautés Lafkenche du lac Budi.

    Je vous salue tous chaleureusement ! je suis contente d’être ici, à cette même table, partenaires dans les mêmes luttes. J’ai été aussi invitée au forum social Européen en Suède à Malmö, avec le chef traditionnel " Lonko " Pascual Pichun qui n’a, malheureusement, pas pu sortir du pays.

    Je suis professeur d’éducation Mapuche, depuis 16 ans. Nous avons une école et une radio communautaire. Nous voulons récupérer nos terres, nous pensons que nous, peuples indigènes nous avons beaucoup à faire et à donner.

    Nous devons utiliser tous les moyens de communication à notre disposition comme les écoles, la radio…. Nous pensons que nous, indigènes, devons retourner travailler sur nos territoires. Nous pouvons apporter sur ces territoires, notre connaissance et notre savoir, sans que l’Etat nous dicte notre conduite, sans qu’il soit uniquement le seul à décider. Nous sommes responsables de l’éducation de nos enfants , puisque l’école traditionnelle chilienne ignore notre histoire.

    Il est donc de notre responsabilité d’étudier à l’université, et de revenir dans la communauté sur notre territoire, pour que toute notre cosmovision ne se perde pas ! Nous devons être nous mêmes les promoteurs, et donner un statut à notre langue.  

    Nous avons une méthode pour enseigner à nos enfants. C’est ce qui nous permet de nous rétroalimenter comme Mapuche, comme personne. Si l’on ne nous permet pas cela, nous perdrons notre identité. C’est pourquoi nous tentons de récupérer notre territoire des mains d’étrangers qui ne la considèrent que comme un bien matériel, car sans terre nous ne sommes rien. Nous l’aimons comme la Terre Mère , nous Mapuche, nous pensons que nous faisons partie de la terre, et c’est pour cette raison que nous la défendons.

    Nous somme opprimés car l’état Chilien voit nos revendications comme un danger pour sa légitimité : actions dans nos écoles, radio communautaire….Il refuse la restitution de notre territoire en nous taxant de " terroristes ". Beaucoup ont été jetés arbitrairement en prison pour ces raisons, mais nous ne reculerons pas…..après 500 ans de lutte, ce n’est pas maintenant que nous allons faire un pas en arrière ! Nous, peuple autochtone, nous pensons que nos structures millénaires, politiques, sociales, économiques et culturelles, nous ont permis de nous développer de façon autonome.

    Cependant, nous dépendons encore des autres, c’est pourquoi nous redynamisons notre culture et notre langue, via notre école.

    C’est aussi une expérience personnelle pour moi. Je travaille dans une école dépendante d’une église catholique. J’ai été persécutée, cela fait maintenant deux ans que je ne peux plus exercer ma profession. J’ai donc perpétué mon action sur le plan social avec mon peuple, et en parlant de notre histoire comme ici avec vous. Nous pensons que nous, Mapuche, avons le devoir de révéler la vérité. Nous ne sommes pas des terroristes, nous voulons seulement défendre cette terre à laquelle nous appartenons. Nous sommes Mapuche, " Mapu " (terre), " Che " (gens), nous sommes donc les gens de la terre, nous en faisons partie .

    Que veulent les grandes entreprises ? exploiter la terre alors que pendant de nombreuses années, nous avons essayé de maintenir l’équilibre de la nature, la montagne, les plaines et la mer, d’où le conflit qui nous oppose. C’est notre réalité. Je lance donc un appel, à toutes les personnes qui nous écoutent, qu’elles n’oublient pas que les peuples indigènes existent. Nous avons maintenu ces terres libres de toute pollution. Nous l’aimons pas seulement pour ses ressources naturelles, mais pour vivre avec elle de façon harmonieuse, ce qui est de moins en moins le cas aujourd’hui, dans l’humanité. Insuffisamment de personnes sont conscientes du réchauffement planétaire, trop peu tirent la sonnette d’alarme pour la protection de l’environnement. Nous protégeons, la terre, l’air, nous nous somme redevables mutuellement. J’appelle tous les peuples indigènes à soutenir nos actions.

    Notre école communautaire existe depuis 3 ans, ce n’est pas une grande école, mais nous sommes actifs malgré notre manque de ressources. Parfois notre radio n’émet plus, car nous n’avons plus les moyens payer l’électricité, aussi nous essayons, autant que faire se peut, d’être le plus autonome possible, nous devons continuer dans cette voie……la récupération de notre terre nous aidera à y parvenir !  

    Merci beaucoup de m’avoir écouté !

    FELIX TIOUKA
    (Kalin'a de GUYANE)

    Il est à l'origine du renouveau amérindien en Guyane.
    Cofondateur en 1981 de l'Association des Amérindiens de Guyane
    Française (AAGF), puis de fédération des Organisations Amérindiennes
    de Guyanne (FOAG), il est actuellement 1er adjoint a maire
    de la commune d'Awala-Yalimapo et membre du
    Groupe de travail sur la langue et la culture Kali'na.

    La question des territoires est particulière en Guyane, aussi il me semble important d’expliquer son fonctionnement et de parler du mode de vie de sa population autochtone. La Guyane est un département créé en 1945, constituée de 22 communes, d’aires protégés, d’un parc national qui couvre la moitié du territoire, d’un parc régional qui couvre l’ouest et l’est. C’est aussi une population de 200 mille habitants et un lieu de rencontres, où cohabitent environ 25 nationalités différentes. La Guyane est aussi un pays qui attire de nombreuses populations qui viennent notamment de Haïti, du Surinam, du Brésil et des pays latins.

    C’est en cela qu’aujourd’hui, la question des peuples autochtones, et particulièrement des communautés amérindiennes, se pose dans de manière complexe.

    6 communautés amérindiennes composent la Guyane : sur le littoral, les " Palikurs ", les " Arawak ", les " Teko ", à l’intérieur du pays, les " Wayana ", les " Wayampi " et les "Kali’na ". On estime aujourd’hui la population amérindienne à environ 10% de la population Guyanaise.

    Durant ces dernières années, un processus d’affirmation identitaire s’est développé. Il est né dans les années 80, avec la création d’une première association des amérindiens de Guyane, qui a poursuivi un travail conséquent sur le terrain jusqu’en 1992, où celle ci s’est transformée en fédération (fédération des organisations amérindiennes de Guyane : FOAG).

    A travers la FOAG, les associations membres ont développé des relations internationales, qui leur ont permis d’intégrer des groupes de travail, afin de sensibiliser l’Etat Français, sur la question des peuples autochtones, et de développer des relations avec d’autres pays comme la Nouvelle-Calédonie, leurs situations étant similaires. Les évolutions statutaires et institutionnelles ont nécessité des modifications considérables de l’organisation administrative du gouvernement Français. Il est donc intéressant d’en tenir compte dans la lecture que l’on peut faire aujourd’hui sur ces différentes situations.

    A l’intérieur de la Guyane, deux modes de représentation coexistent aujourd’hui. L’une existe à travers les autorités coutumières qui sont les représentants légaux des communautés, ce que l’on appelle communément la base. Une deuxième forme de représentation est née en 1969. Sachez qu’avant cette année, les populations amérindiennes n’étaient pas françaises, donc la loi de francisation à la fin de l’année 69 a fait des amérindiens, des français à part entière, avec une obligation militaire et une langue officielle, le français. Depuis, cette nouvelle représentation de l’état a désorganisé les communautés.

    La notion de territoire devient un enjeu considérable, puisqu’elle s’exprime à 2 niveaux, à travers une représentation, je dirais, proprement liée à l’organisation socio-économique et socio-culturelle des populations. Elle est aussi liée aujourd’hui à nos représentations administratives du territoire. En 1969, l’état à décidé de développer et moderniser la commune de kamopi. Sachez donc , et je le dis très clairement pour ceux qui pensent que les communes amérindiennes existent, que c’est pure spéculation, et je ne pense pas qu’elles existeront un jour. Il faut donc évacuer cette idée. Nous avons la gestion administrative de notre territoire " wayana-wayampu ", mais quotidiennement, nous nous heurtons à l’exercice à la fois du droit coutumier et du droit administratif. Cette confrontation est nécessaire, elle nous grandit dans notre mode de pensée et notre organisation Elle nécessite une nouvelle forme d’expérimentation, une nouvelle forme de gouvernance territoriale, qui s’appuie à la fois sur une gestion, non pas ancestrale, mais sur le fondement même du territoire sur lequel vivent ces communautés, dont il est nécessaire de prendre l’évolution en considération, et même l’évolution du pays dans son ensemble.

    La Guyane, comme je vous le disais, ce n’est pas uniquement les amérindiens. Certes, se sont les premiers peuples, mais d’autres sont venus, ont décidé d’y vivre, d’autres encore s’y installeront, et quelque part nous sommes condamnés à coexister ensemble sur ce territoire.

    Cette volonté de vivre ensemble nécessite des adaptations, mais aussi des nouvelles règles d’organisation territoriale, rappelons par exemple que la gestion du foncier dans les communautés amérindiennes, se fait sur la règle collective, alors que le système administratif, dans ce domaine, est basé sur l’individualité. Ces enjeux aujourd’hui, pour nous, constituent véritablement, notre préoccupation. La modification des règles territoriales, nous préoccupe à 2 niveaux : le premier est de reconsidérer la notion même du territoire, à partir de son existence et de son fondement même. Le deuxième, c’est de prendre en considération les évolutions nécessaires à l’émancipation, à la prise de conscience des peuples autochtones dans leur ensemble, puisque nous considérons que ce territoire vit dans une évolution à l’échelle d’un pays, mais aussi à l’échelle d’un continent, n’oublions pas non plus que la Guyane est reliée à l’Amazonie. Les communautés amérindiennes, d’une manière générale aujourd’hui, que se soit " Teko ", " Palikur " ou " Kali’na ", sont quelque part aux croisées d’une recherche identitaire. En même temps cette recherche, renforce les liens de solidarité, des liens qui ont fait que dans le passé, la continuité culturelle qui fondait les grandes nations existait. Rappelons par exemple que les " Kali’na " sont à la fois au Venezuela, au Surinam, au Guyana, en Guyane et au Brésil. Vous savez que ce sont les frontières qui ont fait que ces identités se sont séparées, Aujourd’hui, la nécessité de se retrouver est devenue une urgence. Dans cette recherche d’identité, elle est étroitement liée à la notion du territoire. Evidemment dans les états nations, il n’est pas absurde d’imaginer que cette frontière ne sera que culturelle aujourd’hui, du fait que chaque état nation dispose de sa souveraineté.

    Cette constitution d’identité territoriale aujourd’hui change, parce qu’elle s’inscrit, de part la citoyenneté, vers d’autres horizons. Ainsi, tout en restant " Kali’na ", je suis français, et tout en restant français, je demeure européen, aussi à travers cette nouvelle situation, de nouveaux regards, de nouvelles perspectives, émergent. Des relations se sont créées avec la Finlande, où des peuples autochtones développent des modèles de gestion et de gouvernance. Certes, peut être pas avec les mêmes modes de fonctionnement, les mêmes règles, mais cette démarche d’aller vers l’autre, nous paraît intéressante, pour se retrouver à travers des liens forts, des traits d’union, à travers des passerelles culturelles très profondes, bien qu’éloignées. Ces identités contribuent aujourd’hui à façonner, la façon d’appréhender les territoires. La réflexion que nous menons aujourd’hui, sur la question du territoire nous paraît primordiale. En Guyane, elle sera posée différemment, elle contribue a élever la conscience culturelle, sociale, économique des populations amérindiennes. Malheureusement deux niveaux de conscience existent, ils nous appartient en tant que peuple autochtone, d’accompagner, de soutenir, d’appuyer ceux qui n’ont pas les moyens de pouvoir faire entendre leur voix.

    Je ne me présente pas cependant comme un porte parole, mais comme un observateur attentif depuis de nombreuses années de la situation. Il est vrai que lorsque l’on observe la " mondialisation " des communautés amérindiens, il y a de quoi d’inquiéter. Parce que ces communautés se retrouveront peut être dans 15 ou 20 ans sans territoire, donc sans identité et sans âme. C’est une préoccupation majeure de tous les responsables qui ont en charge directe les gestions de ces territoires, cela préfigure d’anticiper les évènements. Cette anticipation, nécessite de notre part, un dialogue permanent avec les grandes collectivités, sur les régions et le département. Pour les communautés amérindiennes, est ce une absence ou un mépris des grandes collectivités de ne pas reconnaître une composante de la communauté Guyanaise ? pour la petite histoire, en 1995, la commune dans laquelle nous sommes, à intégré le parc régional. Nous nous sommes efforcés dans la charte du parc, d’introduire cette nouvelle dimension. La charte reconnait aujourd’hui, la présence des communautés d’habitants, des autorités coutumières, les membres du conseil d’administration ont un droit décisionnel dans le choix politique des valorisations, et de préservation de leur patrimoine. Pour nous, tout en restant vigilent sur la question du territoire, il nous paraît intéressant de rechercher des alternatives, des outils de réadaptation, de recomposition, de se reconstruire une vision, une nouvelles conception, pour permettre aux jeunes qui sont là, qui nous regardent, qu’ils exigent une qualité de vie, d’éducation, sociale, de réussite, un engagement fort de notre part, afin qu’ils puissent jouir de leur territoire auquel ils sont profondément attachés. Ces deux stades communs, que l’on essaye de développer entre les communautés amérindiennes, sont fondamentaux pour nous, c’est la clé aujourd’hui de notre ligne de travail. De nouvelles collaborations sont mises en place, pour que le territoire à la fois, je dirai communautaire, puisse être compris comme un territoire d’avenir, tout en restant conscient au delà de ce territoire, qu’il ne faut jamais oublier que la Guyane appartient à 90% à l’état.

    Nous nous trouvons donc dans une situation où il faudra se battre, reconstruire, redialoguer, pour que la reconnaissance du territoire soit prise en considération. La Guyane mérite une attention particulière aujourd’hui, car au delà de l’enjeu spatial, il existe aussi des hommes. Il y a deux Guyane (littoral et intérieur) et les populations amérindiennes souffrent, de ne pas être écoutées, j’ose espérer qu’aujourd’hui, vous puissiez, ne serait ce que moralement, être à notre écoute et transmettre le message, car elles le méritent. Avec davantage d’attention, les choses pourraient avancer. Malheureusement, la France est ce qu’elle est, indivisible, unique, on nous rappelle souvent que nous sommes français, que l’on ne peut être " Kali’na " et français, que nous n’avons pas le choix, et qu’il nous faut l’assumer.

    Merci

    (Sylvain) :"Depuis deux ans, beaucoup de personnes nous demandent comment agir concrètement vis à vis du comité de défense pour léonard PELTIER. Et bien, je suis heureux de vous annoncer, que la famille a repris le flambeau et lance une nouvelle campagne avec lui.

    Je laisse donc la parole à Kari ANN."

    KARI ANN COWAN-PELTIER
    (Anishinabe Lakota, LPDOC)

    J’aimerai tout d’abord remercier Edith et Sylvain d’avoir organisé cette conférence et de tous leurs efforts. Mon nom est Kari ANN, je suis d’origine Anishinabe – Ojibway et je vous remercie de me recevoir ici.  

    J’aimerais vous remercier de vous soucier du cas de mon oncle, Léonard PELTIER, incarcéré depuis plus de 32 ans sur la base de preuves factices. Pine Ridge était à cette époque dans les années 70, en état de guerre et Léonard a combattu pour nos droits, et continuera à le faire pour défendre la liberté.

    Mon oncle ne veut pas mourir en prison, il veut le faire savoir. Bien que Léonard soit privé de sa liberté, il n’a jamais cessé de s’investir, même derrière les barreaux, en mettant en place différents programmes d’éducation pour les autochtones sur Pine Ridge, en organisant des distributions de jouets pour les familles les plus pauvres sur la réserve.

    A l’heure actuelle, il est incarcéré en Pennsylvanie, dans un pénitencier avec des cellules d’isolement. Il sera bientôt transféré dans une autre prison, mais nous ne savons pas laquelle.

    La réserve de " Turtle mountain " dont il est originaire, a déposé une demande officielle de libération immédiate, pour qu’il soit transféré sur sa réserve et qu’il puisse vivre en paix auprès des siens. C’est son droit le plus légitime de vouloir retourner vivre auprès de sa nation. Toute souveraineté devrait être reconnue équitablement à chaque peuple. J’aimerais aussi remercier toutes les personnes qui depuis tant d’années lui ont envoyé lettres, cadeaux, et lui ont consacré du temps. Je voudrais conclure mon intervention en lisant un message qu’il vient juste de me faire parvenir dans la nuit :

    (Léonard PELTIER) : " Salut à vous tous, mes frères et sœurs du monde entier. Je suis désolé de ne pouvoir être avec vous aujourd’hui, je suis profondément honoré cependant de pouvoir vous parler aujourd’hui, même si c’est au travers de quelqu’un d’autre. Tout d’abord je voudrais vous féliciter pour la détermination que vous mettez à faire avancer les droits des peuples autochtones dans le monde entier. La prison est, je pourrai dire, propice à la réflexion personnelle comme j’imagine toute forme d’isolement, et j’en suis venu à penser que ma relation avec le créateur, avec ma famille, la terre, avec mes frères et sœurs autochtones sont les choses les plus importantes pour moi. J’essaye de rester informé comme je peux de l’actualité dans le monde. Je sais que beaucoup d’entre vous, dans vos pays respectifs sont persécutés, expulsés de leurs foyers, exploités, dépossédés de leurs ressources, je sais que souvent des membres de votre peuple sont tués, parce que des multinationales veulent mettre la main sur les ressources de votre terre.

    Sachez que j’ai bien conscience que nous avons un ennemi commun, il présente de multiples visages, il parle différentes langues, porte des uniformes différents, sa motivation est toujours la même, avide d’argent, de richesses, voulant s’accaparer toujours plus de territoires au delà de toute logique rationnelle. Je ne connais pas la réponse à ce problème, celle qui nous permette de survivre, je suis sûr qu’il en existe plusieurs…..mais ce que je crois sincèrement, c’est que quelque soit cette réponse nous en sommes la clé.

    Et par tous les moyens possible nous devons devenir plus fort, nous devons aider nos enfants à devenir forts, nous devons renforcer notre foie et notre connexion avec le créateur.

    Nous devons apprendre à utiliser les outils d’aujourd’hui, pour nous protéger des défis et du péril que leur avidité présente pour l’avenir. Nous devons sans relâche éduquer nos enfants, leur enseigner à ne pas devenir comme l’ennemi, à respecter la Terre Mère, le créateur et l’humanité toute entière, tout en maintenant la vigilance pour assurer la défense de nos terres et de nos ressources.

    Quelqu’un à dit que la plus grande bataille que devait mener un guerrier c’était celle contre lui même, nous devons évoluer tout d’abord et développer l’autodiscipline, le respect de nous mêmes dans nos propres communautés.

    Tant de fois, j’en ai vu, parmi notre peuple, se détruire eux mêmes, à l’intérieur de leur propre organisation, avant même d’avoir pu commencer à se battre contre l’ennemi. Par ces paroles j’espère n’avoir offensé personne, j’essaye d’être tout simplement honnête, vis à vis de ce défi significatif auquel nous sommes confrontés. Nous ne pouvons pas exiger nos droits, le respect, notre liberté tant que nous ne sommes pas nous même dans une position de force. Une des manières pour nous de renforcer notre pouvoir, c’est de continuellement former des alliances, solidifier nos réseaux comme vous le faites aujourd’hui. De la même façon, nous devons chercher absolument à faire connaître au monde nos traditions autochtones celles qui nous ont permis de survivre, expliquer que la plus grande force du créateur, c’est ce lien que nous avons avec la Terre Mère, enseigner et partager avec les autres ce lien universel aussi puissant que toutes les nouvelles technologies, afin de vivre en harmonie.

    C’est peut être dans cette forme de vision, que nous trouverons une manière de combattre nos ennemis en n’en faisant nos amis. En attendant, mon cœur, mon amour va vers vous, mes pensées et mes prières sont avec vous.

    J’aimerai remercier spécialement de tout mon cœur le CSIA, les organisateurs de cet événement, pour l’occasion qui m’a été de m’adresser à vous ce soir.

    Votre frère, dans l’esprit de " Crazy Horse ",

    Léonard PELTIER "

    POUR INFO : Début décembre ou vers janvier Léonard PELTIER
    devra passer devant le bureau des libérations conditionnelles fédérale.
    Demande arbitrairement rejeter en 1993


    Présence dans la salle de José MORALES (représentant MAYA) qui a soutenu Léonard PELTIER lors de marche et courses et qui a porté la voix des Mayas aux Nations Unis.

     (Edith) : Esperanza est journaliste photographe colombienne, réfugiée politique au Canada depuis plusieurs années. Travaillant avec les médias et Kenneth DEER, c’est par l’intermédiaire de la délégation Mohawk, qu’eut lieu notre rencontre. Elle a appris l’anglais et le français, c’est pourquoi elle souhaiterait témoigner dans notre langue sur -ce sont ses propres termes- le génocide des peuples autochtones en Colombie.

    LES EXPOSITIONS PHOTOS DE LA JOURNEE

     « IGUALES PORQUE SOMOS DIFERENTS"
    Exposition par Eduardo Inclan


     exposition : « sur Pine  Ridge » par Sophie Gerbaud

     « En suivant la trace du mythe des 84 communautés
    indigènes en Colombie
     »
    Par Esperanza Sanchez Espitia.

     

    ESPERANZA SANCHEZ ESPITIA
    (Colombie)

    Bonjour

    Je suis très contente de pouvoir m’adresser à vous en français. Le plus important est déjà de tous vous remercier de votre présence. Je suis convaincue que seules, les campagnes de sensibilisation, auprès de personnes comme vous, capables de partager, nous permettront de lutter contre les injustices.

    En Colombie, nous avons 84 communautés autochtones, parlant 64 langues différentes. La situation critique de notre pays est connue partout, à cause de la guérilla et des para militaires. Il est difficile de reconnaître que dans la communauté indigène, personne n’ose parler. Même au gouvernement, ils sont une minorité à dénoncer les problèmes, c’est le côté sombre de la Colombie, celle qui a refusé de signer la déclaration des peuples autochtones, acte, à mon sens, discriminatoire !

    Aujourd’hui, mon souhait serait de voir les peuples autochtones Colombiens, sortir du pays pour informer la communauté internationale sur leur conditions de vie, peu d’informations existent à ce sujet.

    Je vois qu’ici, la solidarité est réelle. C’est la raison pour laquelle, j’ai rassemblé tout mon courage pour venir vous parler. J’ai exposé mes photos qui donnent un petit aperçu des 84 communautés, elles montrent toute la beauté, la sagesse, de notre peuple. Aujourd’hui enfin, le réchauffement climatique semble pris en considération. L’exposition montre aussi notre habitat proche de la nature, de la vie, malgré les difficultés : le déboisement, la guerre…... Les indigènes sont les premiers gardiens de la planète, en les protégeant, quelque part, on la protège aussi. Il est important d’en prendre conscience. Les multinationales présentes partout sur le continent Latino Américain, exploitent les ressources minières et pétrolières laissant derrière elles la pauvreté, la prostitution, et la désolation. Il est temps d’agir !

    Auparavant, devant une situation à risque, les indigènes levaient le camp, mais aujourd’hui, le danger est partout. La défense et le respect de la vie nous touche particulièrement, pas seulement pour nous, humains, mais aussi pour les animaux…. Je voudrais finir par une réflexion d’un indigène : "  La terre est comme un animal : quand un animal est malade, au moment de mourir, son corps est pris de convulsions. Les convulsions de la terre, c’est ce que vous appelez les tremblements de terre, les irruptions volcaniques, les tsunami……..cela s’est déjà produit, comme des prédictions !

    Merci

    HELENE ROUX 
    du CSPCL
    Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en lutte) 

    Situation au Chiapas

    Le Chiapas est en lutte depuis 1994 : soulèvement des zapatistes et solidarité avec les communautés qui, au fil des années, ont pris le chemin de la construction d’une autonomie sur leur terre et leur territoire.

    La situation actuelle,

    Le premier fait marquant : l’occupation et la revendication de 750 mille hectares de terre, pour leur gestion. C’est sur celles-ci que ce sont construits les processus d’autonomie et de résistance des communautés indiennes au Chiapas. Malheureusement, s’ensuivit la répression et une contre occupation par l’armée, mais plus grave encore, des exactions des groupes paramilitaires, chargés des sales besognes et soutenus en coulisse par les autorités mexicaines : massacre d’Acteal en 1998 de 45 personnes, assassinat de 8 personnes encore récemment, la liste serait trop longue. Voilà le vrai visage du gouvernement du Mexique.

    Il y a une semaine, une communauté a occupé un site archéologique administré par le gouvernement. Elle estimait qu’il était mal géré par celui ci. La réponse du gouvernement fut d’envoyer un détachement de la police fédérale et de l’état, 40 policiers ont pu être désarmés et 77 armes à feu confisquées. En réaction, une centaine de forces de l’ordre sont venus en renfort, en tirant sur tout ce qui bouge, faisant 2 morts et de nombreux blessés, arrêtant un grand nombre de contestataires, et surtout assassinant arbitrairement, à un barrage de police, 3 personnes qui étaient évacuées en urgence vers un hôpital !

    Les territoires des communautés indiennes sont constamment menacés et malheureusement en proie à des enjeux, impliquant le tourisme et son implantation, ou des décrets instaurant des réserves protégées, convoitées pour être privatisées par des entreprises Nord américaines, mais également européennes. Actuellement, le climat est extrêmement tendu, à cause de l’expropriation de communautés indiennes installées depuis fort longtemps.

    Je voudrais terminer en invoquant cette crise financière dont tout le monde parle. La terre, le territoire et les ressources naturelles, seront de plus en plus objet de convoitise pour ces capitaux financiers. L’avenir, ce sont ces ressources naturelles, valeur refuge quand l’argent vient à manquer. Il faut donc réfléchir à des mécanismes de solidarité en rapport avec la construction de l’autonomie, comme le développement durable, la gestion par les peuples premiers et non pas par les entreprises multinationales.

    Merci

    Projection d'un film sur la Bolivie
    "humiliés et offensés"

    Solange BEHOTEGUY 
    de l'ambassade de Bolivie

    J’ai toujours envie de pleurer, même en ayant visionné plusieurs fois ce film. Il est révoltant, choquant et irrationnel de voir encore autant de haine et de racisme au 21ème siècle !

    Ce " seul " documentaire a été réalisé par un directeur de théâtre. Il n’est certainement pas anodin que ce soit une personne de l’art qui l’ait réalisé, et non un journaliste, car où étaient ils à ce moment précis ? ? ?

    Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Bolivie, il faut remonter très loin, avant la colonisation. Je vais donc essayer de faire court .

    Tous les mouvements sociaux, les revendications, les luttes qui ont menés Evo MORALES à la présidence en 2005, font partie de la mémoire des peuples indiens. Après la colonisation au XVIème siècle vint l’indépendance, une première constitution et une politique de l’état en 1825 n’incluant pas les indiens. Il faut savoir que la Bolivie est un pays qui fait le double de celui de la France, avec 9 millions d’habitants et plus de 60% d’indiens considérés comme des minorités avant l’arrivée d’Evo Morales. Il y eut ensuite une longue période de dictature, un retour à la démocratie, puis une instauration très agressive du néo libéralisme avec des gouvernements qui se succédèrent dont quelques familles se partageaient le pouvoir. Le peuple n’était jamais représenté.

    A partir de l’année 2000, alors que les mouvements sociaux (syndicats, femmes au foyer, les comités, les quartiers…) commençaient à se structurer, une petite frange de la population s’est battue pour l’eau. Cette période est un moment clé pour comprendre la situation de la Bolivie . " Nous en avons marre " d’être appelé un " petit pays ", d’être commandé par les Etats Unis, les institutions, la banque mondiale….Ce premier combat a été le déclencheur nous encourageant à poursuivre !

    La lutte s’est concrétisée et matérialisée au travers des élections présidentielles de 2002. A la surprise des divers partis politiques, Evo MORALES est arrivé en 2ème position avec 40% de représentants indiens au parlement. C’était la première fois qu’ils pouvaient y siéger, parler et être traduits dans leurs propres langues. En Bolivie, nous avons 34 ethnies, beaucoup de langues différentes et une richesse culturelle importante.

    En 2003, retour en arrière : encore une fois malheureusement, devint président, un représentant de cette classe privilégiant d’abord leurs propres intérêts. Des révoltes importantes virent le jour à cette époque, comme " la guerre du gaz " plus particulièrement en février, et octobre : le gouvernement, sous la pression des Etats Unis, et des nombreux intérêts en jeu, voulait " discrètement " exporter du gaz. Je ne vais pas développer cet exemple, je l’utilise juste pour illustrer le mouvement de révolte de 2002, celui-ci ne faisant que s’amplifier. Beaucoup plus grave, le gouvernement a fait massacrer 80 personnes. Aucune condamnation ne fut requise, lors d’une parodie de procès envers le président Gonzalo Sanchez de Lozada….pire, celui ci partit se réfugier à Washington aux Etats-Unis, dans un pays dont les autorités se s ‘opposèrent absolument pas à son accueil !

    En 2005 avec les nouvelles élections, Evo MORALES devint le premier président indien avec 54% de votes au 1er tour. Ce fut un événement historique, salué par une grande couverture médiatique de la presse mondiale, relayant les réactions internationales, unanimement séduites par cette image d’un " président indien " . Les choses ont beaucoup changées aujourd’hui, on peut le constater dans la presse française.
    La 1ère mesure du Président MORALES fut de nationaliser les hydrocarbures, puis vint la création d’une nouvelle assemblée constitutive, la refonte du pays par la reconnaissance de l’autonomie des indiens, la nationalisation des ressources naturelles, pillées depuis la colonisation par les espagnols, puis les multinationales sous la bienveillance des Etats Unis, au profit d’une dizaine de familles en Bolivie encore propriétaires d’énormes terrains !

    La nationalisation se fit rapidement après l’élection, coupant l’herbe sous le pied à une opposition mal organisée. Cette opposition réagit, en revanche, de la pire des manières, lors de la constitution de la nouvelle assemblée, conduisant à un nouveau massacre de 16 personnes, ironie du sort, un certain 11 septembre. Le pouvoir économique est tenu par une minorité, propriétaire des médias, exception faite d’une petite presse alternative malheureusement trop peu influente.

    Ensuite se créa toute une alliance " la Média Luna " représentant une partie de l’orient du pays qui comprend les départements de Santa Cruz, Pando et Tarija, quelques comités constitués par les préfets des villes opposantes, des bras armés, des élites, en particulier des jeunes manipulés qui véhiculent le racisme. Les évènements sur le documentaire ont eu lieu dans la ville de " Sucre "

    " Sucre " est la capitale historique de la Bolivie, et " La Paz " siège du gouvernement. Dans l’histoire du pays, " Sucre " a plusieurs fois revendiqué son souhait d’être l’unique et seule capitale, sans toutefois y croire vraiment. Il est vrai que la capitale historique n’a pas non plus vocation à devenir également capitale administrative.

    Je suis perplexe devant les évènements tragiques récents…..beaucoup de choses changent actuellement en Bolivie, ceci expliquant peut être cela, les indiens se font humilier simplement par qu’ils SONT indiens. Une personne se revendiquant du " MAS ", est automatiquement " suspecte ", le " MAS " étant le mouvement créé par le peuple et tendant au socialisme, celui qui a conduit Evo MORALES à la présidence. Le groupe minoritaire fasciste existant, ne supporte pas d’être gouverné par un indien, de perdre son argent, les terres, il ne supporte pas davantage, que la nouvelle constitution inclue les indiens, décision à leurs yeux " anti naturelle ". La violence est donc terrible comme vous avez pu le constater. Nous essayons d’être positifs et ouverts au dialogue, mais ces gens ne veulent rien savoir, seul le pouvoir et le mercantilisme les intéresse !

    Merci

    (sylvain)
    Merci Solange pour cette intervention, on voit qu’il y a encore beaucoup de travail pour que la démocratie, la liberté et la justice sociale puissent continuer d’exister. J’espère que la solidarité internationale va se mobiliser pour soutenir le gouvernement d’Evo MORALES.

    Un comité de solidarité pour la Bolivie s’est créé : un rassemblement à Paris a déjà eu lieu, il y a quelques semaines, dont le CSIA et " France Amérique latine " faisait partie…. Il est important, si vous voulez aider la Bolivie, de vous mobiliser !

    C’est stupéfiant de voir que des changements démocratiques puissent être freinés par une minorité fasciste et raciste.

    Encore merci.

    Edith 

    Je voudrais remercier tout le monde sans oublier personne.

    Au Ciel, à la Terre, à la création

    Après 30 ans, nous avons besoin de changement, d’une sorte de renaissance dans nos propres modes de fonctionnement, et de repartir sur des bases meilleures. Vous imaginez bien que tout ne se passe pas sans conflit, qu’il faut se rassembler, nous ne sommes peut être pas toujours aussi unis que nous devrions l’être.

    Rejoignez nous encore plus activement pour continuer dans nos actions

    ENCORE MERCI

    groupe de musique
    MACHKA
    recommandé par l'ambassadrice de Bolivie
    Luzmila CARPIO, qui n'a pas pu être là ce soir mais qui est de tout coeur avec nous.


     

     

     

     

     

     

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