• David TREUER

     

    David Treuer: écrire pour imaginer
     
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    Nicoud, Anabelle
    La Presse

    Né d'un père juif autrichien et d'une mère Ojibwa, David Treuer défie tous les stéréotypes de l'Amérindien. Si, comme auteur, il s'inspire du destin des Premières Nations, il se réclame avant tout de la modernité. Rencontre avec un écrivain qui a été révélé par le prix Nobel de littérature, Toni Morrison.

    Entrevue
    Ne vous fiez pas aux apparences. Le troisième roman de David Treuer, Le manuscrit du Docteur Apelle, évoque des mythes peuplés d'orignaux, de louves, d'hivers si froids que l'on en meure, de héros aux destins fabuleux, Eta et Bimaadiz. La fable ne vient pas des réserves, ni de la tradition orale que l'on prête aux Indiens.

    «Les lecteurs voient bien souvent dans mes romans des mythes, qu'ils croient indiens. Les lecteurs veulent voir la culture indienne dans mes livres. Mais dans Le manuscrit du Docteur Apelle, la vérité est que j'ai écrit un mythe qui semble amérindien, mais qui, en fait, est grec», s'amuse David Treuer.

    Le Dr Apelle parle plusieurs langues. Dans la solitude de sa vie, il entame la traduction d'un manuscrit vieux de plusieurs centaines années. C'est l'histoire d'Eta et de Bimaadiz, deux âmes soeurs, qui s'aiment comme seuls les innocents peuvent aimer. Leur amour va éveiller celui du Dr Apelle.

    Little et The Hiawatha, les deux premiers romans de David Treuer évoquaient le sombre destin des Indiens d'une Amérique très contemporaine. «Celui-ci est très différent des deux premiers. L'univers, la façon d'écrire, sont lyriques. Je ne voulais plus faire la même chose, je crois que j'ai fait le tour de l'écriture réaliste», dit-il.

    Le roman d'amour a ému, aux États-Unis, mais aussi dans les pays où il a été traduit (France, Grèce, Finlande). «J'en suis le premier surpris. La littérature jette des défis aux lecteurs. C'est un livre très littéraire, et très humain, dit-il. La première fois que j'ai pensé à ce livre, je pensais aux Premières Nations, et aux stéréotypes qu'on leur colle.»

    David Treuer s'amuse autant qu'il s'énerve des préjugés collés sur les Amérindiens. Né d'un père juif autrichien et d'une mère Ojibwa, il y a 35 ans, l'écrivain a grandi dans une réserve de Leech Lake, dans le Minnesota, pétri de culture indienne. Pourtant, ce grand blond aux yeux bleus surprend ceux qui s'attendent à voir un Indien, yeux noirs, plumes et calumets compris. «C'est comme si on ne pouvait exprimer aucune vie contemporaine», déplore-t-il, vêtu, quand nous le rencontrons, d'un pantalon militaire et d'un tee-shirt American Apparel.

    Et l'écrivain de raconter comment, invité chez Bernard Pivot dans une célèbre émission de littérature française, il a répondu à l'animateur s'étonnant de son apparence très peu amérindienne. «Vous n'en avez sans doute jamais vu un de votre vie, mais vous pouvez deviner à quoi je dois ressembler ? Vous n'avez aucune idée de ce dont vous parlez», lui a -t-il jeté. David Treuer rit encore de l'épisode.

    «La principale raison pour laquelle les gens lisent, c'est parce qu'ils pensent qu'ils vont découvrir quelque chose. C'est faux : les gens lisent pour apprendre des choses sur le passé du peuple Indien. Ce n'est pas ce que devrait être l'écriture : écrire, c'est imaginer», estime David Treuer.

    Si l'écrivain détonne, ce n'est pas en raison de ses origines, mais plutôt de son talent, découvert à l'Université de Princeton par l'écrivaine Toni Morrison. «Je crois que je l'intriguais. Je n'étais toujours pas convaincu de vouloir devenir un romancier, quand elle m'a dit : "Tu es fait pour écrire. Je pense que tu vas devenir un bon écrivain. Les choses ne seront pas faciles, mais c'est ce que tu vas faire. "»

    David Treuer a mis deux ans pour publier Little, qui, s'il a remporté un succès critique, n'a pas connu de succès commercial. La faute, peut-être, à un lectorat peu habitué aux défis. «Les lecteurs sérieux sont très rares. Regardez Jonathan Safran : ce qu'il écrit a l'air intelligent, mais ce sont des gens et des sentiments très simples. Je ne crois pas qu'un écrivain comme Ohran Pamuk obtienne l'attention qu'il mérite», critique David Treuer.

    Les auteurs qu'il admire - Virginia Woolf, Proust, Nabokov, Joyce - sont d'ailleurs tous des ambitieux. «Ils n'écrivaient pas sur un gars qui a des problèmes avec sa mère», lâche-t-il. C'est un peu l'ambition qui anime Treuer. De son quatrième roman, il dira peu : «J'essaie de créer tout un univers. J'en suis, pour l'instant, assez content».


    Le manuscrit du Docteur Apelle
    David Treuer
    Albin Michel, 400 pages

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