• Conférence de Matotoson Iriniu (Charles Coocoo) - 13 mai 2009 Belgique

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    Conférence de Matotoson Iriniu (Charles Coocoo) 

    13 mai 2009 Belgique

    lieu : "Le Tipi"

    Commençons par les présentations pour ceux qui ne me connaissent pas, je m’appelle Patrick KERZ, président d’Indian Soul.
    Nous parlerons de notre association après l'intervention de Charles Coocoo, notre conférencier et narrateur du film "Identité Atikamekw"
    * .Je tiens à le remercier, lui et Gaétan Saint Rémy, réalisateur et scénariste du film, de leur présence . Vous pourrez ensuite poser toutes les questions que vous voudrez. Nous regrettons l'absence des Wemotashee singers qui n’ont pu venir, encore une fois jusqu’à nous, en raison de complications administratives, et je ne désespère pas, qu’un jour nous puissions enfin les avoir.

    Je vais donc cesser de parler pour le moment, car vous êtes venu pour écouter Charles, indien Atikamekw. Dans sa langue maternelle, son nom veut dire « celui qui dirige les cérémonies », son discours portera sur la guérison après les pensionnats.
    Merci

    * "Identités Atikamekw" un film de Corentin ADOLPHY et Gaëtan SAINT-REMY. Québec. Réserve amérindienne de Wemotaci, 1500 habitants. Charles COOCOO lutte quotidiennement pour la sauvegarde des traditions et de la culture de son peuples : les Atikamekw.

    Mais que signifie encore ce mot : "Atikamekw" ? que reflète cette identité ? Survivre c'est devenir Canadien. Devenir Canadien, c'est trahir ses racines.

    Dérive d'une peuplade qui, si elle a su garder sa langue et sa musique, a perdu la plupart de ses repères. la forêt est détruite à 80%, beaucoup de jeunes se suicident, deux générations entières tentent de panser les profondes blessures infligés dans les pensionnats catholiques de leur enfance.

    A travers le regard éveillé de leur de leur guide spirituel Charles COOCOO, récit d'un peuple en voie d'extinction.

    Au delà des idées reçues.
    Au delà du si trouble miroir occidental.
    (Gaëtan et Corentin)

     


    Avant de commencer j’aimerais demander à Gaëtan d’allumer une chandelle pour représenter le feu sacré. J’ai commencé mon introduction en langue Atikamekw en vous signifiant symboliquement l'importance de s’ouvrir à un état de conscience. Lorsqu'il y a ouverture, l’enseignement des Aînés l'interprète comme le feu sacré, c’est la raison pour laquelle j’ai souhaité qu'on allume une bougie.

    Le sujet du documentaire est né d'une longue discussion partagée avec l’équipe de Gaëtan, sur la vie de la communauté en général, mais aussi des  répercutions liées à la vie dans les pensionnats.

    Pour commencer j’aimerais vous dire que je suis un malade mental, je suis un fou, c’est comme cela que le gouvernement fédéral et provincial me définit, puisque seules les personnes sous la tutelle d’un gouvernement sont quelque part considérées comme malades mentaux, comme incapables d'être autonomes, à qui l'on refuse le droit à la terre, à un territoire !
    Nous sommes donc toujours sous la tutelle du gouvernement fédéral, le système est établi en fonction de la loi sur les indiens. Nous vivons sur ce qui est appelé « la réserve indienne ». Elle fait 10 km2 et 1300 personnes y vivent.Nous ne sommes pas entourés d’un mirador bien sûr, mais néanmoins confinés sur un territoire délimité. De plus en plus on ne nous reconnaît plus nos séjours en forêt, nous devenons des hors la loi, comme à l’époque des pensionnats, on appelle cela le « vol des enfants », définition en vigueur à l’organisation des Nations Unies comme l’interprétation d’un génocide. C’est ce que nous avons vécu à  une certaine époque.

    On m’a amené au pensionnat quand j’avais 7 ans. A l’âge de 3 ans j’étais déjà conscient, nous vivions à l’intérieur de la forêt, je me rappelle déjà à cet âge là, les histoires que nos Aînés, nos grands-mères nous racontaient en allumant le feu, ce feu qui servait à cuire, et à nous éclairer pour continuer de vaquer à nos occupations durant la nuit. Avant de dormir, le grand père nous invitait à nous assoir en cercle, il nous apprenait d'abord à écouter le hibou par exemple.....j’ai su beaucoup plus tard pourquoi. Ces souvenirs me rappellent mes plus belles années, partir à la chasse avec mon père, comment je devais observer la nature, les animaux, reconnaître les sons, m’orienter. Avec ma mère et mes grands-mères c’était la cueillette des plantes sacrées pour notre besoin à tous, la préparation de la nourriture.....des moments de notre vie qui m'ont enrichi !
     
    Vers l’âge de 7ans, j’ai ressenti des tensions dans le village, les femmes parlaient, les Aînés protestaient contre le « vol des enfants », on leur a répondu qu’ils ne devaient pas s’ingérer dans le travail des missionnaires et du gouvernement sous peine d'être hors la loi, arrêtés et jetés en prison !

    Je suis resté 12 ans dans les pensionnats où on m’a humilié, violenté. Quand je ne comprenais pas les règles du pensionnat, le français, j'étais frappé à l’oreille jusqu’à ce que je comprenne et que les douleurs entraînent progressivement une perte d’audition.

    Après des blessures morales à l'esprit ou comme celle de « L’humiliation », le processus de guérison est une démarche très difficile.
    L’année dernière lorsqu'on m’a donné la parole au festival, la première chose que j’ai dit spontanément, c'est : « Dieu nous à violé », parce qu’à ce moment là, je pensais aux personnes de mon âge, de ma communauté qui n’ont pas su guérir les blessures de l’âme. Ces évènements ont affecté la communauté. A cette époque nous n’avions aucune ressource du gouvernement fédéral et provincial, pas de médecins, pas de spécialistes, c’est pour cela que la plupart des femmes et des hommes qui y sont allés se sont retournés ensuite vers les anciens.

    Quand je suis revenu, après mes études, beaucoup d’Ainés sont venus me voir, mais quand on est éduqué, on fait un peu le fanfaron : « Grand père, tu étais dans la forêt, moi j’étais à l’école, je me suis instruit. Tu ne sais même pas écrire alors que moi, la civilisation, la modernité m’ont appris à écrire, à calculer....». Mais quand la souffrance est devenue de plus en plus forte, j’ai pris tout mon courage pour aller voir les Aînés. La première chose que j’ai faite, je leurs ai demandé pardon, et ce qui est formidable avec eux c’est qu’ils ne nous ont jamais rejeté, jamais oublié, malgré la douleur pénible de nous voir partir sans leur consentement. Ils nous ont transmis leurs connaissances du monde de la médecine, leur savoir.
    Les psychologues sont venus un peu plus tard, ils avaient une démarche au niveau mental et physiologique, alors que pour les Aînés le plus important était de commencer la guérison au niveau de l’esprit. Quand on prend conscience de cela, la démarche est beaucoup plus facile physiologiquement. Pour ma première cérémonie avec eux, j’avais déjà une quarantaine d’années. J’en avais déjà fait, mais l’appel des ancêtres n’était pas encore perceptible pour moi, puisqu’il y avait interférence entre ma souffrance et celle de la communauté. L’appel a été de plus en plus fort concernant la cérémonie de la hutte à sudation. C’est une renaissance, c’est apprendre à redevenir en premier lieu un être humain, non pas un autochtone, un Atikamekw, mais un être humain. La forme de la hutte représente la matrice, les 12 perches utilisées, les 12 médecines, 4 perches circulaires (4 enseignements), autrement dit à partir de la terre vers le cosmos. 4 autres cercles se situent à l’intérieur de la terre ce qui fait 8 cercles (la voie de la connaissance, de la grande médecine).

    C’est dans cette direction que je suis allé pour prendre soin de mon être profond « enfant intérieur » dans d’autres thérapies. Le feu sacré est allumé et çà prend 28 grands pères qui pour nous sont les pierres cérémoniales. Ces pierres sont mises au feu sacré, et pendant que les gens se préparent, nous disons que les 28 grands pères dans le feu sacré sont en train de faire une réunion. Ils discutent, analysent la médecine qu’ils partageront avec les personnes qui participeront à la hutte à sudation. Quand les grands pères deviennent rouges c’est le moment de les inviter à l’intérieur.

    Souvent, il arrive que des météorites tombent sur la terre, et les scientifiques sont près à payer de 5 à 20 000$ pour ce morceau de pierre venue du cosmos. Dans nos rituels, nous savons que la vie vient de ces pierres. Du point de vue scientifique, ces pierres comportent des bactéries, Je m'intéresse beaucoup à tout ce qui vient du cosmos dans mes lectures. Les étoiles, leurs positions font partie de la connaissance de la médecine pour tous les peuples de l'Amérique. C’est ainsi, que nos frères Mayas ont établi les prophéties de 2012.
     
    Les pierres sont aussi la matière divine, je n’ai pas d’autres mots pour l’exprimer. C’est la démarche de la guérison profonde… (à ce moment là, en fond sonore nous entendions une chanteuse lyrique), donc grand sourire de Charles :  j’aime bien des gens comme çà… ce sont des chants très profonds… là, éclat de rire général.
    La hutte de sudation est donc faite pour la guérison de l’esprit. Gaëtan a pu vivre cette expérience à sa demande en offrant du tabac. Quand la porte se ferme, vous êtes dans le noir complet, on sent les grands pères. Dans la démarche de la guérison, il est extrêmement important pour les Aînés de remémorer la création du monde et ainsi retrouver son être sacré, profond, c’est ainsi que la personne dirige la hutte à sudation.

    Vous savez, cela fait 10 000 ans que cette histoire est racontée, qu'on organise toujours des cérémonies, pour la guérison de la terre et de tous les peuples, car de plus en plus les gens sont stressés. Elles permettent d’amplifier le pouvoir, l’énergie. Il est dit dans les enseignements que le gardien de la terre commença à observer la création, et s’aperçut que les animaux et les humains marchaient à 4 pattes.  Ce sont les loups qui prirent soin des humains. L’esprit de la terre qui observait, s’est dit qu’il fallait que les êtres humains continuent à se développer. Alors il appela les animaux, le loup, qui écoutèrent cet appel, l’esprit tenait dans sa main 7 petits cailloux d’enseignements. Il les lança en l’air en disant : « regardez, regardez… » et ils se transformèrent en papillon. Alors les être humains voulurent les attraper, d’abord à 4 pattes, et tellement émerveillés par ce qu’ils voyaient, ils continuèrent et finirent par se mettre debout. C’est ainsi que les êtres humains apprirent à marcher sur les deux jambes.
     
    Les Aînés nous ont raconté cette histoire pour ce que nous avions subi et pour les personnes que nous avions rencontré et qui avaient oublié leurs racines. Lorsque nous ne sommes pas ancrés, c’est le cerveau qui commande, alors qu’en s’enracinant c’est la voie du cœur, de l’esprit et de l’âme qui parle. C’est de cette manière que nous avons entamé le processus de guérison, en se remémorant l’histoire, en redécouvrant l’animal qui nous habite (souvent situé au niveau de la nuque), c’est un peu les réactions les plus féroces de l’être humain.
     
    C’est ainsi que les Ainés nous ont appris au lieu d’être toujours en « maudit » (expression québécoise :  ), toujours a pointer du doigt nos frères, nos agresseurs…, à vivre autrement. Si vous continuez dans ce sens, vous ne pourrez pas faire votre quête car vous êtes conditionnés par la colère et la haine qui tuent l’esprit. C’est ce que disent nos Anciens quand nous avons entrepris notre démarche.
     
    Beaucoup sont revenus pour recouvrer la santé aussi au sein du tissu familial. Nous ne pouvons pas juste « accepter », nous sommes reliés à l’esprit de la nature, à l’esprit communautaire, il est donc important de la faire en famille, avec la communauté. Et c’est ainsi que nos Ainés ont établi une cérémonie pour les enfants qui arrivent sur terre, la « cérémonie des nouveaux nés ». Avec cette pratique, nous réapprenons à être positifs en laissant de côté la colère et la haine.

    On nous à forcé à parler le français « … vous allez devenir civilisés, des citoyens, rejeter votre langue, votre culture diabolique….. », c’est ce que l’on répétait aux pensionnats. Aussi, maintenant nous travaillons et instruisons beaucoup sur la connaissance de notre langue maternelle. Le mot enfant est : « awacic » son étymologie : awa : veut dire luminosité, clarté. « cic », ce qui est minuscule. L’interprétation et le nom que nous leur donnons est : « petit être de lumière », d'où l'importance d’allumer les chandelles, ou le feu sacré. Nous mettons l'accent également sur la redécouverte de cette lumière chez l'enfant, symbole de l'innocence, celle qui doit éclairer l’humanité. Il faut se souvenir de cette lumière qui a cultivé les grands principes et les valeurs de l’humanité, beaucoup l'ont oublié. Dans notre discussion, nous parlions du mot « Amour » et dans la langue Atikamekw   « sakihitowin » veut dire source et une personne fière, forte… Nous nous sommes posés la question : «…mais qu’est ce que la source, où se trouve-t-elle ??? », profond ?, mais il y a aussi une source au niveau cosmique.

    Alors nous organisons cette cérémonie pour enfants, on l’accueille, on le présente aux 4 directions. A l’est et nous disons « … bienvenue, petit être de lumière, te voilà de retour sur la terre, nous te souhaitons la bienvenue, nous voulons que tu fasses connaissance avec ta grande famille, tes parent, nous te présentons l’Est qui est la lumière », Voici le sud qui est la nature, les étoiles, à l’ouest nous les Ainés gardiens de la connaissance et du savoir, avance et apprends par le chemin du cœur, et quand le moment sera venu, que tu passeras la porte de la vie, tu continueras ton parcours du côté du nord, vers la voie lactée, et tu te dirigeras vers une étendue de neige blanche. En traversant la porte de l’ouest celle des enseignements de l’accomplissement, nous rappelons à cet enfant le devoir et l’engagement de la communauté et des familles. La mort est importante, il ne faut pas en avoir peur, ne pas la rejeter. Voilà comment nous invitons l’enfant un jour à entrer par la porte de l’ouest en ayant cultivé tous ces grands principes.
     
    Dans la langue maternelle nous n’avons pas de vision raciale, chaque personne à un nom selon son action, son attitude et son comportement, c’est d’ordre visuel, avant le contact des cultures, et c’est dans ce sens qu’est poussé l’enfant.
    Alors pourquoi je parle de cette naissance, c’est pour que je puisse arriver à accorder le pardon à mes agresseurs. Il faut que je renaisse. Accorder le pardon est une façon de rejaillir, de renaître.
    Quand dans la hutte à sudation, les grands pères sont au milieu nous prenons l’eau et nous les aspergeons. « Grands pères, nous te demandons ta médecine, que nous puissions l’aspirer profondément dans notre corps et vers l’esprit, accorde nous ta médecine qui est appelée Amour…. un autre jet d’eau… même relation pour la médecine de l’honnêteté, de la sagesse… puis nous expirons… ». Pour les personnes avec des blessures plus profondes, nous leurs demandons de se protéger et de prendre la position fœtale afin qu’elles ne paniquent pas, et au fur et à mesure de la cérémonie, tranquillement elles se redressent.
    Nous avons adopté cette méthode, car les psychologues nous on affirmé qu’ils ne pouvaient pas tous nous aider et nous accompagner durant la démarche de la guérison, car nous parlons beaucoup d’esprit. Si l’un deux vient à en parler, il ne rentre plus dans le cadre défini, il est mis à l’index. Nous recevons également la visite de guérisseurs venant de l’Amérique du Sud. L'un d'entre eux, en provenance de l’Equateur est venu pendant une semaine pour nous aider à un déblocage émotionnel en utilisant également le massage, les plantes sacrées.  Nous aussi, nous les utilisons, elles nous aident à voir l’état de santé d’une personne.  Beaucoup de jeunes d’une vingtaine d’années se sont déplacés pour cette cérémonie, car la plupart de nos malaises et souffrances, nous les avons transféré inconsciemment sur nos enfants. Nous en avons aussi de 3 à 4 ans qui y participent, c’est magnifique de les voir parler à leurs grands pères, ce sont en même temps les jeunes enfants qui nous guérissent. Quand on parle aux jeunes de notre vécu dans les pensionnats, ils sont prêts à prendre le fusil, ils sont très en colère. C’est à l’école secondaire que les professeurs sensibilisent les jeunes à lutter contre la colère et la haine.

    C’est pourquoi tout à l'heure, je vous disais que j’étais un "zinzin", puisque je suis sous la tutelle du gouvernement.  Alors avec les Ainés nous faisons des cercles de paroles. Dans notre communauté nous avons un pourcentage très important de suicides, d'hommes autrefois enfants, qui n'ont pas pû se reconstruire. J’ai confiance en ce que nous faisons,  nous avons appris avec les Ainés à dépasser l’image de nos agresseurs, et il est important qu’eux aussi fassent de même.  J’ai entendu aux nouvelles nationales que le grand chef Phil Fontaine a demandé que le pape prenne position pour qu’il demande pardon aux autochtones. Et pour moi il y a des étapes qui sont dépassées quand on demande pardon, il est important aussi qu’il y ait une reconnaissance, comme il était important aussi l’année passée de reconnaitre cette déclaration du génocide des peuples autochtones du Canada, ensuite la démarche s'oriente vers le pardon. J’étais offusqué et choqué de l’attitude du pape qui a tout simplement radoté, voulu faire le rigolo, lors de son voyage en Afrique, il a condamné la sorcellerie. Encore une autre perception de l’esprit de l’inquisition encore présente. Selon moi, ce refus d’accepter les cultures aborigènes, s'apparente à un refus dans notre chemin vers la guérison via nos propres croyances !

    Dans ma communauté, il y avait un grand poster religieux, en haut il y avait Dieu, avec une barbe.dans cette position,

     


    plus tard m’a fait repenser à des personnes très connues. Sur le côté gauche de l’image, et c’est rare que j’emploie la couleur, mais il y a avait la société blanche qui continuait leur chemin vers le paradis. De l’autre côté il y avait un autre chemin emprunté par les indiens du Canada, en bas il y avait un grand feu avec un personnage avec des cornes.

    Probablement qu’il faisait la hutte à sudation (rire général).

     



    Donc mon peuple descendait vers ce qui a été appelé l’enfer !

    Une demande de pardon a été faite par le premier ministre Harper du Canada, que je considère plutôt comme une mascarade. Il est allé voir le grand chef national du Canada pour conclure un accord, à savoir accorderle pardon pour les peuples autochtones, mais à condition de banir le mot « génocide », dans tout notre travail de guérison !

    Personnellement avec ma famille, nous faisons ensemble les cérémonies, celle de l’accueil des nouveaux nés, de nos petits enfants, j’en ai 10.
    J’ai 60 ans, mon père m’a beaucoup encouragé à me diriger vers le chemin, sur le sentier de l’enseignement de mon cœur. Ma mère qui a 78 ans et commence à marcher avec une canne, nous accompagne dans notre démarche et j’en suis content. La famille est importante pour notre guérison. Mon père avait 87 ans quand il est arrivé à la porte de l’ouest. J’étais présent pour son dernier souffle, une inspiration, une expiration, comme pour la hutte à sudation. J’ai eu l’honneur de lui retirer ses mocassins, lors de sa dernière expiration. La famille était là, et lorsque nous l’avons mis en terre, c’est l’ainé de la famille qui lui a remis ses mocassins. Partager des moments avec la grande famille, renforce nos liens. Nous ne cachons pas l’image de la mort à nos petits enfants. Ils viennent, et de temps en temps ils tapotent la tête. Il y en a un qui est un peu rigolo et excité, c’est un petit garçon expressif et démonstratif, nous l’encourageons à garder sa personnalité. Il arrive devant le corps, et il toque 3 fois sur le front : « …on peut rentrer avec toi ???... », (rires). Personne ne s’est offusqué, tout le monde a ri. Nous l’avons juste ramené auprès de nous en lui disant simplement de se calmer un peu. Ce n’est pas quelque chose de mauvais. En atikamekw, le mot est « nipowin », « nipo » : laisse la vivre, laisse là aller, « powin » : la vie. C’est le mot que nous employions pour désigner les départs.
     
    Alors cet exercice est important pour moi, pour que je puisse passer à la porte de l’ouest. Je me suis attardée à la guérison culturelle à travers les cérémonies, plutôt que sur la manière conventionnelle, d’autres personnes sont plus compétentes que moi pour en parler.  Il y a un chant que nous utilisons, le chant de la guérison appelé également « chant de la médecine ». Mais nous en avons plusieurs comme, le chant de la création, celui de la grande tortue, l’aigle… ce sont tous les esprits qui sont importants dans notre guérison.  Quand nous avons fini la hutte à sudation, et que nous sommes encore assis, nous finissons par un chant pour perpétuer ces instants ensemble. C’est un peu ce que l’on fait, cela fait la deuxième fois que je reviens en Belgique. La chanson commence : « je suis content que l’on se rencontre, de rigoler avec toi, que l’on sorte ensemble. Quand je partirai je vais pleurer, et je penserai à toi. Que les grands pères puissent nous accompagner pour adoucir notre peine.
     
    Après son chant Charles continue avec les larmes aux yeux :
    Le chant que je viens de chanter est un chant pour nos agresseurs, les prêtres, les évêques, les églises. C’est un chant pour apaiser nos guérisseurs, nous devons en prendre soin selon les enseignements de nos Ainés. Nous devons les aider nous aussi à prendre conscience de leurs actes. Alors nous chantons ce chant pour eux. C’est ce que les Aînés nous ont appris.
    Je suis toujours ému quand je chante ce chant. Nous ne pouvons pas refuser notre aide à nos agresseurs, ce sont des humains.

    Voilà, s’il y a des questions.....

    Pourquoi chanter pour les agresseurs et pas simplement les supporters ?

    Nos Ainés nous ont appris la compassion. Il y a la lecture d’un psychologue juif, qui a publié sur le ressenti des survivants quand on passait les gens dans les fours. Eux aussi ont dû entreprendre cette démarche vis-à-vis de leurs bourreaux. Sans cela, on ne peut avancer. Je le mets en pratique, puisque je chante ce chant à toutes les cérémonies. C’est la vibration qui est importante. Notre représentant tibétain, le Daïla lama parle beaucoup de cette compassion, qu’il faut cultiver. Ce sont nous qui allons vers eux, souvent ils refusent de nous rencontrer. Ils ne veulent pas tous se rapprocher.

    Est-ce que çà correspondant un peu à vouloir apprivoiser vos agresseurs ?



    Gaëtan : Il existe des rencontres entre agresseurs et agressés, et parfois ils tombent dans les bras l’un de l’autre. Et c’est peut être l’Amour dont parle Charles !

    Charles : Non, pas nécessairement, il s'agit plutôt de leur faire prendre conscience des maltraitance dont il sont responsables, mais dans un souci de guérison mutuelle. Ce n’est pas facile. Il y a des personnes dans ma communauté qui sont tombées en syncope par ce que ces souvenirs étaient trop violents. Tous ne sont pas capables de parler de leur "expérience". Le psychologue ne peut pas non plus forcer les gens. On sait par les Aînés qu’il faut faire sortir le « vécu ». Selon eux, si cela sort d’une manière agressive, c’est que c’est gravé à l’intérieur et qu’il faut nettoyer.
    Comment peut-on aider la personne qui a dû mal à s’exprimer, et bien les ainés nous on appris qu’elle doit aller en forêt, aller à l’écoute de l’esprit de la nature, trouver l’arbre le plus en vibration avec elle. Durant 4 jours, elle doit offrir du tabac au pied de l’arbre, peut ainsi à chaque fois s’adresser à lui : « Grand père, j’implore ton aide, à l’âge de 8 ans j’ai été agressé dans le confessionnal, et j’ai des problèmes au niveau du rectum, j’ai un disfonctionnement…. ». C’est comme çà que la personne dialogue avec l’arbre. A chaque fois qu’elle a fini de parler, elle verse l’eau autour de l’arbre, et tous les jours quand elle entre en forêt, elle observe et voit la nature et ce qu’elle a confié.

    Quelque part nous avons un avantage avec notre culture, et notre relation avec la nature.
    Nous utilisons les plantes sacrées qui permettent à la personne de se dédoubler et l’obliger à  parler et ainsi extirper son mal. Même principe avec la hutte à sudation, avec deux guérisseurs, et une augmentation de la chaleur, la personne parle, parle…… c’est la méthode des guérisseurs.

    Je ne suis pas guérisseur, je les accompagne et suis à leur service. J’ai des responsabilités que les Ainés m’on accordé pour supporter la communauté. J’aime mon peuple et je suis fier d’être Atikamekw. C’est cette conviction qui me permet de prendre ces responsabilités.  C’est le travail que j’ai choisi pour mon peuple. C’est donc à travers les conférences, en écrivant des livres que je peux sensibiliser les gens.

    Dernièrement nous avons eu une compensation pour les personnes suivant le degré de l’agression, 40 000$ suivant le nombre d’années dans les pensionnats, ou elles doivent passer par une organisation. Tout ceci, c’est comme rouvrir la plaie pour obtenir un dédommagement et c’est très difficile pour les personnes. Le gouvernement fédéral a bien planifié pour ne pas avoir une poursuite collective, sinon, il y aurait une faillite du Canada. C’est très pernicieux.

    La plupart des personnes qui ont eu une compensation vont partager avec leurs enfants ou avec les Ainés.

    Comment se transmet la capacité de guérisseur ?

    Dans la hutte à sudation, parfois une personne reçoit une vision, puis ensuite elle en parle au guérisseur qui interprètera. Le guérisseur lui donnera au début une petite responsabilité pour qu’elle se familiarise et il apprendra au fur et à mesure avec lui, comment appeler les esprits pour la guérison. Celui de l’équateur qui est venu, faisait de même avec les esprits.
    La hutte à sudation est une expérience très enrichissante, Gaëtan en a fait l’expérience ; les lumières qui se promènent sont les grands pères présents. Ce n’est pas toujours de cette façon qu’ils répondent, parfois on préssent juste un souffle à l’intérieur. Si le psychiatre était présent à cet instant, je pense qu'il paniquerait (rires).

    Gaëtan : Je me rappelle ce qui a été dit dans les divers tournages par rapport aux cérémonies c’est : ne viens pas écrire ou filmer, mais viens vivre ce qu’il se passe, seulement ensuite si tu le désires, libre à toi. Voilà pourquoi on voit simplement l’avant et l’après, mais pas la cérémonie en tant que telle. C’est difficile de décrire la transmission, on peut lire des bouquins entiers sur ce thème bien sûr, mais la manière dont l'évoque Charles relève plus de l'intuitif que du mental dont il parlait tout à l’heure.

    Pourquoi avez-vous fait ce film en particulier ?

    C’est mon métier de réaliser des films documentaires. Je n’ai pas un lien particulier avec les peuples amérindiens depuis mon enfance. J’ai rencontré Charles, on va dire par coïncidence, avec la personne avec qui je vivais à l’époque et puis à force de parler, l’idée d’un film est venue, moi, c’est mon outil de travail, un de mes outils artistiques. C’est aussi vivre une expérience personnelle. Il n’y a pas de commentaire à proprement parler sur ce film, Charles en est le narrateur, il reflète en gros toutes nos heures d’entretien.

    Est-ce que Charles a été d’accord tout de suite ?

    Gaëtan : Charles est souvent sollicité pour ce genre de projet et d’autres expériences, mais Je pense que la relation s’est faite assez rapidement entre nous.

    Charles : Quand Gaëtan est venu dans ma communauté j’avais déjà l’habitude. A chaque fois, qu’il y a des touristes ou des personnes à soigner, on me les envoie.
     
    Gaëtan : Notre lien particulier, c’est que l’on avait rencontré un photographe belge, Olivier Renard, installé de longue date au Canada, ami personnel de Charles qui avait passé plus de deux ans dans une communauté, et fait un reportage photos. Nous ne passions pas là par hasard : d’abord la rencontre avec Oliver, l’idée du film documentaire.....on veut toujours en faire 10 en parallèle.....puis il y a un moment un sujet qui prend forme car souvent, une série de coïncidences se mets en place, qui fait que l’on débarque un jour par moins cinquante degrés avec une caméra. Je ne voudrais pas rendre les choses plus romantiques qu’elles ne sont, c'est d'une série de circonstances, de rencontres qu'a germé l'idée du documentaire. C’est Charles qui m’a révélé l'horreur des pensionnats, j'en ignorais l'existence auparavant.

    Est-ce qu’elle influence le reste de votre vie ?

    Oui, il est certain que ce témoignage a changé beaucoup de choses pour moi. On se voit régulièrement, le travail a continué après le film et la déclaration du génocide à Bruxelles l’année passée par exemple, m'a inspiré pour d'autres réalisations. C’est un film qui a très bien marché, qui m’a permis de faire le tour du monde pour en parler, dans de nombreux festivals. Toutes ces expériences font partie d’un ensemble vers une prise de conscience comme le dit Charles, dans ses enseignements lors des huttes à sudation.

    Charles :
    On met de côté la médecine occidentale tout en favorisant une approche. Ce qui nous inquiète aussi dans les contacts que nous avons eu, ce sont les pharmacopées qui viennent pour travailler avec les plantes, ils partent ensuite, nous n’avons plus de nouvelles, ils obtiennent un papier pour leur découverte. Il est donc important que l’on participe à des documentaires comme celui-ci afin de sensibiliser le grand public. J’avais l’idée de t’inviter Gaëtan et j’en parle devant tout le monde. Nous avons un grand rassemblement de tous les guérisseurs de l’Amérique Latine et du Nord, et un des sujets évoqués sera la médecine, la situation actuelle et pandémique. Il faut leur permettre d’être écoutés et d’avoir une place dans les organisations, même s’ils en ont déjà une auprès des Nations Unies, mais au delà des discours, il faut concrètement mettre en pratique nos connaissances sur le terrain.

     


    Gaëtan : ce sera peut être un retour aux sources....on en a souvent parlé avec Charles, il n’y a pas de confrontation de la médecine occidentale ou plus traditionnelle. A la base tout part d’une question : « on va voir un médecin quel qu’il soit pour avoir une réponse à une question ». Ce qui est intéressant avec les cérémonies, et ce qui a changé un peu pour moi, c’est qu’il ne faut pas attendre que le corps pose une question, ou, une blessure de l’esprit pour trouver une réponse. Elles sont de toute façon là en permanence !



    Patrick DEVILLE
    http://www.patrickdeville.com

    Photos prises lors de son voyage auprès de différentes nations
    autochtones du Canada



    Cette Photo est de Patrick DEVILLE (voir son site : http://www.patrickdeville.com) 

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