• Conférence de Gilles Roberge à Noisy le Grand le 11 décembre 2009

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     Conférence de Gilles Roberge
    (nation mohawk, mik'maq et Algonquine)

    Noisy le Grand le 11 décembre 2009

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    Je vais commencer par vous parler de nos origines, et puisque c’est l’occasion, des fêtes de noël.

    Je m’appelle Gilles Roberge et  j’appartiens à la communauté Mohawk.

    Notre communauté est originaire des Etats Unis. Nous sommes une confédération comportant 6 nations différentes, à laquelle il faut rajouter les Mohicans que nous avons adopté : Oneida, Cayuga ,Seneca, Onondaga, Delaware, Mohawk, et également Tuscaroras, cette dernière n’appartenant pas à la confédération, car ils se veulent indépendants.

    Nous résidons au Québec au travers de 3 régions : Kahnawake, Oka au nord de Montreal et Akwesasne divisée en trois frontières celle du Québec, de l’Ontario et de l’état de New York.

    Le Québec comprend onze nations parlant presque toutes le français. Les Mohawks parlent anglais. Le français est la langue traditionnelle apprise très tôt par les jeunes enfants, mais à l’intérieur des communautés, c’est l’anglais qui prédomine. Les natives en dehors des communautés, parlent exclusivement anglais bien que certains parlent aussi français.

    Pourquoi le français ? Tout simplement parce que lorsqu’ils sont arrivés en 1534, jusqu’en 1670, voire 1700, nous avons travaillé avec leur armée. Puis en 1712, lorsque la guerre d’indépendance américaine s’est déclarée, nous n’avons pas voulu y participer et sommes partis vers le Canada. Par la suite, lorsque la France a perdu la guerre contre l’armée britannique, nous nous sommes ralliés à ces derniers. C’est depuis ce temps que l’anglais est devenu notre langue. Notre véritable nom est Haudenosaune (peuple de la maison longue) 

    La plupart des premières nations au Canada viennent des Etats Unis. 

    Les Abenaki que l’on appelle aussi Wabanaki, se situent à Odanak et Wolinak près de la ville de Trois Rivières. 

    Les Attikamekw, résidant dans le parc national de la Mauricie, au nord de Trois Rivières, ont deux territoires, Wolinak et Wemotaci, 

    Toujours en poursuivant le sens du fleuve, vous rencontrerez, la nation Malecite, dans le bas Saint Laurent, près de la Rivière du loup. Elle vient du versant nord du fleuve et d’après la légende, cette nation serait issue d’une population blanche et de métissage avec les blancs du Canada, bien qu’il subsiste un flou sur le sujet.

    C’est près de la pointe de la « bouche de la tortue », en descendant vers la Gaspésie, que vit la communauté Mik’Mac, que l’explorateur Jacques Cartier a rencontré en 1534. 

    Puis, en se rapprochant du port de Québec, vivent les Wendat, appelés Hurons par les français à cause de la hure qu’ils portaient. A l’époque, cette nation venue d’Akwasasnee était hostile à presque toutes les nations qu’elle rencontrait sur le bord du fleuve Saint Laurent, le lac Ontario, et lac Erié. Les Mohawks, peuple sédentaire, ont fini par prendre les armes pour les repousser jusqu’à la ville de Québec. Les Wendat sont surnommés « les indiens blancs » parce que la pigmentation de leur peau est encore plus prononcée que celle des blancs eux mêmes….et comme ils revêtaient des vêtements identiques, il était très difficile de les reconnaître. Autre caractéristique, la couleur de leurs yeux  n’est pas aussi foncée par rapport aux autres premières nations, dont celles du sud.

    Les Montagnais, sont appelés aujourd’hui Innu, puisque l’on tend à reprendre notre appellation d’origine pour enlever celle donnée par les français et les britanniques.  Les Innu représentent une population nombreuse sur la côte nord, vers le lac St Jean, à Pointe Bleue et 2 autres endroits dont je ne me souviens plus. Ils vivent de chasse et de pêche. Ce sont des peuples nomades et sédentaires, comme les Attikamekw et les Abenaki. Certes, ils chassent au fusil, mais aussi traditionnellement (trappe, collets pour le lièvre la perdrix….), pas exclusivement pour se nourrir, mais aussi pour perpétrer les traditions

    Au nord, vivent les Naskapis, petites nations très anciennes issues de la « fusion » des Innus et des Algonkins.

    Les Algonquins, quand à eux, font partie des premières nations d’Amérique du Nord les plus représentatives en terme de population. Ils résident dans une partie de l’Abitibi de Témiscamingue, en partant du mont laurier au lac Simon et Val d’Or. C’est une communauté qui vit très bien et qui souhaite conserver ses territoires de chasse et de pêche, alors que le gouvernement voudrait exproprier ceux qui vivent en forêt.

    Le territoire Nord Américain appartient encore aux premières nations. Des traités ont été signés, mais non respectés encore aujourd’hui.

    Il existe 3 communautés d’Algonquins : ceux des plaines, des forêts et ceux qui résident dans la Baie James.

    Dans la Baie James, vivent également les Cree, nation chassée de l’ouest canadien à l’ouest de l’Ontario et proche de l’Alberta.

    Les Cree sont nombreux et autonomes. Ils ont, par exemple racheté une compagnie d’aviation. Ils ne vivent pas d’aides sociales et d’allocations chômage, et travaillent aussi à l’extérieur de la région, à Québec, Montréal ou en Ontario entres autres.

    On ne présente presque plus les Inuits, anciennement appelés esquimaux, qui vivent dans le nord du Québec ou Kujuwak anciennement appelé Frobisher.

    Pour finir, les métis, de sang blanc et autochtone, appelés comme tels parce que ne voulant pas être parqués en réserve. C’est mon cas, j’ai vécu hors réserve avec une éducation catholique.

    Avec difficulté, les métis ont enfin réussi à se faire reconnaître comme une communauté à part entière, à l’exception du Québec

    Deux sont reconnues, dont une au nord de l’Ontario. La première a été fondée en 1867. C’est aujourd’hui Mr Dufault qui la gère (environ 5000 membres, peut être plus).

    Nous ne connaissions pas la fête de noël. Avant l’arrivée des blancs, nous avions la fête du maïs le 21 décembre, fête très ordinaire qui consistait à partager avec ceux qui avaient faim, puis noël le 24 décembre, nous a été imposé (on disait que les autochtones n’avaient pas d’âme parce qu’ils étaient des payens alors que noël est une fête payenne). Désormais, nous fêtons aussi le nouvel an.

    Nous n’avions pas besoin de la fête de noël parce que le créateur nous avait donné ce dont nous avions besoin : la lune, les étoiles, le soleil, les arbres, la nourriture, la mère terre sur laquelle tout le monde marche, les fruits pour faire notre bannique nos desserts, les animaux pour nous nourrir….. nous tirions, par exemple, 3 chevreuils sur la saison pour 500 personnes). Les premiers nourris étaient les anciens très respectés parce que porteur de la connaissance. Sans eux, je ne pourrais vous transmettre le message aujourd’hui. C’est de mes parents que j’ai appris, et eux de leurs parents, et aujourd’hui nous transmettons aux enfants pour que perdurent nos traditions.

    La base de la nourriture auparavant était la courge, la fève et le maïs.

    Le maïs vient des algonquins qui l’avaient importé d’Amérique du sud et l’ont fait connaître aux autres nations. Aujourd’hui encore, beaucoup de plats sont constitués à base de ces 3 aliments. Lorsque nous n’avions pas beaucoup de nourriture, nous les avions au moins pour nous nourrir pendant les hivers froids. Après les anciens, venait le tour des parents et des enfants. Nous nous déplacions beaucoup l’hiver, pour aider les communautés qui avaient faim. C’était l’occasion de partager et de tisser des liens d’amitié, des valeurs primordiales pour nous, membres des premières nations.

    Grâce à cette solidarité, personne ne mourrait de faim, même un prisonnier était nourri et….adopté !

    Lorsque les blancs sont arrivés nous les avons sauvés du scorbut, accueilli à bras ouvert, habillé, nourri, soigné. Les soldats, en 1700, avec leurs petits souliers à talons hauts, marchant dans la neige abondante chez nous, attrapaient des engelures, nous nous sommes occupés d’eux !

    Beaucoup de traités à cette époque ont été signés par de grands personnages comme Montcalm, Champlain, Frontenac, mais peu on été respectés. De nos jours, des populations autochtones de l’Ouest Canadien crèvent de faim, n’ont ni eau, ni électricité, ni toilettes,  ni écoles….Le gouvernement ne prend pas conscience des dommages causés. A cause des mines de diamants dans le nord de l’Alberta, il a détruit les bisons et expulsé des nations au nord des Etats Unis et du Québec. L’industrie du pétrole est la cause de destructions de villages dans le nord du Manitoba.

    A leur arrivée, les blancs étaient probablement pleins de bonnes intentions. Nous faisions du troc, nous avons été équipés de fusils à poudre noire pour combattre l’anglois (anglais) comme on disait, puis ensuite pour combattre le françois (français), pendant la guerre de sept ans au Québec, dans les états de New York et un peu dans l’est de l’Ontario. Nous avons subi les grandes guerres. Pendant que Napoléon se battait en France, nous nous organisions en guérilla et essayions d’inculquer notre manière de combattre aux armées françaises.

    Si les français avaient écouté les premières nations et les personnes déjà en place à l’époque, si Montcalm avait été sobre, ils n’auraient jamais perdu les plaines d’Abraham et n’auraient jamais laissé entrer les anglais. Cette bataille n’a duré que 45 minutes. Le Canada serait probablement une colonie française maintenant. 

    Les américains ont essayé d’envahir Québec, mais pendant une seule semaine, nous avons, comme les russes, reculé, et attendu l’hiver avant de les repousser….leurs combattants venaient tous du sud de la Californie ! 

    Ils ont ré-essayé à nouveau, mais grâce à Laura Secord, ils ont échoué à nouveau. Au courant de la conspiration, elle a parcouru des kilomètres pour prévenir  l’armée britannique. En chemin, elle tomba de fatigue, et au petit matin, des Mohawk l’ont retrouvé et soigné. Elle a pu ainsi porter son message, et l’armée britannique alliée aux Mohawks a pu surprendre les envahisseurs. Une chaîne de confiserie/chocolat porte aujourd’hui son nom en mémoire à son acte héroïque.

    Il y  eut  beaucoup de tentatives d’invasion des Etats Unis au Canada. 

    Mais revenons aux premières nations. Il en existe 501, dont 11 au Canada. Avant l’arrivée de Christophe Colomb, on dénombrait 45 millions d’autochtones. Bien sûr, des conflits ont existé entre eux, mais beaucoup de massacres furent causés par les blancs. Certains peuples ont complètement disparu, d’autres se sont regroupés. Au moment de la guerre avec Sitting Bull contre Custer, les Sioux étaient environ 20 000. Aujourd’hui, ils sont à peine 8 000. C’est une nation laissée à l’abandon. Wounded Knee est devenu un lieu tristement célèbre, d’abord par le massacre de 200 Lakotas par l’armée des Etats-Unis en 1890, puis par les évènements de 1973 pendants lesquels, ils revendiquèrent leurs droits bafoués sans pour autant obtenir gain de cause. Les Sioux sont un peuple fort de traditions ancestrales profondes, mais qui peine à survivre par rapport à d’autres nations. Malheureusement, l’alcoolisme, la drogue, le taux de suicides et la pauvreté très élevée, font des ravages. Ceux qui s’en sortent, souvent, quittent la communauté.

    Nous, les Mohawk, sommes une population guerrière, nous avons été poussés à nous battre. Peut être avez vous entendu parler de la crise d’Oka à travers le monde ? Le maire d’Oka a voulu construire un golf, détruire notre cimetière ancestral et nos arbres millénaires. Nous avons gagné notre combat et sommes désormais beaucoup plus respectés par les gouvernements provinciaux et fédéraux.  

    Avant tout action, nous consultons les chefs des communautés Mohawk afin de respecter la tradition. Nous avons la « Warrior Societé », elle a toujours existé. Ces guerriers avait le devoir, avant l’arrivée des blancs, de protéger le camp quand les hommes partaient à la chasse ou à la pêche. A défaut, il en relevait de la responsabilité des femmes. Il ne faut pas oublier que nous sommes une communauté matriarcale. C’est la femme qui gère, qui décide et rien ne se fait sans son accord.

    Beaucoup n’ont pas compris comment nous fonctionnions et pourquoi nous envoyions les femmes en avant lors de la crise d’Oka. Ils prétendaient que nous avions peur. Je plains les militaires qui auraient osé traverser le barrage. La femme Mohawk est redoutable, elle fera tout pour défendre ses biens, son environnement. Si une mère décède, la solidarité jouera et les enfants seront pris en charge par d’autres !

    Nous avons le respect de la femme dans la communauté, car elle porte l’enfant, le nourrit, le soigne, le protège….Il faut sa permission pour la regarder dans les yeux. Si tous les hommes étaient respectueux de leur femme de cette façon, notre société ne s’en porterait que mieux !. Les anciens ont une place importante dans la communauté. Si nous avons un problème, nous allons les voir, comme lorsqu’on est enfant, et qu’on va voir son grand père ou son oncle, comme je le faisais moi même. L’ancien a toujours la parole juste et sage pour réconforter la personne en demande. 

    Nous respectons les animaux. Nous mettons du tabac par terre en offrande avant de tuer un animal par respect envers lui pour tout ce qu’il va nous apporter et pour remercier le créateur de nous l’avoir offert, à l’inverse de beaucoup de sociétés occidentales par exemple ;

    Notre Dieu, qui pour nous est le créateur, ne porte pas de barbe : c’est l’arbre, les animaux, l’eau…. Nous avons deux mères, une biologique et la Mère Terre. Il faut la protéger. Votre femme s’allongerait par terre, lui marcheriez-vous dessus ? Comment doit se sentir la Mère Terre avec les millions de personnes qui la piétinent ? elle ne se plaint pas, tout ce qu’elle demande c’est d’être respectée. Quand vous ne serez plus capable de planter une graine et d’obtenir une fleur, plantez un euro et attendez le résultat…..vous risquez d’attendre longtemps ! Nous sommes proches de la nature, et avons des difficultés à sensibiliser à sa protection au Canada. 

    J’ai vu l’état de vos autoroutes, plus particulièrement le bord des autoroutes jonché de résidus en tout genre. Bien sûr, le Canada n’est pas la panacée, mais par rapport à d’autres pays, nous avons au moins pris des mesures puisque depuis les années 60, jeter des détritus de la voiture est puni de 250 dollars d’amende.

    Merci de votre attention !

    QUESTION

    Au Canada, actuellement, on extrait du pétrole du sable bitumineux au détriment de l’environnement, car le prix de ce pétrole est plus intéressant, qu’en pensez-vous ? 

    Dans ce genre d’affaires, le gouvernement aimerait bien que les autochtones finissent par s’assimiler aux blancs, pour éviter d’avoir à négocier sur nos revendications.

    Le pétrole n’est pas le seul problème. L’exploitation des diamants à travers tout le Canada a nécessité beaucoup de coupe à blanc dans les années 70.  Cela fait 40 ans que les Haïdas revendiquent la forêt, où des cèdres vieux de 3000 ans ont été abattus, alors que cet arbre est sacré pour nous. Cela fait 5 ans seulement qu’il est interdit d’en couper.

    Les autochtones ont aussi des tords à partager. Je prends comme exemple la communauté Malecite du Madawaska, d’où ma femme est originaire. Ils ont vendu la forêt de cèdre pour l’implantation d’un casino. A Kahnawake, nous n’avons même plus de territoire de chasse.

    Notre territoire de chasse se trouve en Abitibi, il nous a été donné par les Algonquins qui ont gardé le droit de pêche et de chasse. On trouve toutes sortes de gibiers qui existaient déjà auparavant, et l’on redécouvre des essences d’arbres. A Drummondville où j’habite, la forêt est protégée. Il est interdit d’y chasser et seules, les personnes mandatées ont le droit de coupe. Des arbres on disparu, et d’autres repoussent. J’ai découvert un pin blanc, arbre rare. C’est notre arbre sacré. La rivière Saint François y coule, c’est un ancien lieu de passage que les Abenakis empruntaient pour se rendre dans le Maine du côté Américain.

    C’est vrai, les sables bitumineux sont un réel problème écologique. Les Ojibway et les Crow ont manifesté pour l’enrayer, les Mohawks ont monté des barricades avec la warrior society sans aucuns résultats. Il y a trop de profits en jeu. Les peuples autochtones sont mis à l’écart. La lutte perturbe et ralentit l’économie, mais c’est insuffisant pour l’enrayer vraiment.

    Tout ceci me déplaît et Je pense que je ne suis certainement pas le seul. ….Le problème ne concerne pas seulement les autochtones. Les russes s’intéressent de trop près à l’arctique, les français viennent y pêcher. Nous devons revendiquer ce territoire du grand Nord, avant qu’il ne soit trop tard !

    L’Armée Canadienne n’a pas une flotte suffisamment importante pour surveiller ses eaux territoriales. On envoie un brise glace pour y déposer des troupes et quelques hommes pour installer une présence. La surpêche s’intensifie. Le Japon perpétue sa tradition de pêche à la baleine, pour des raisons, soit disant scientifiques, alors qu’on sait qu’il n’en ait rien ! pourquoi, alors que c’est une espèce en voie d’extinction ? Il fut un temps où nous n’avions presque plus de bélougas dans le fleuve Saint Laurent, c’est pourquoi nous avons cessé de le chasser.

    Nous avons beau alerter le gouvernement, mais celui ci préfère se calquer sur la politique des Etats-Unis, à bien des niveaux comme celui d’avoir, par exemple, envoyé une présence militaire en Afghanistan. Je suis bien placé pour comprendre la situation, puisque je suis un ancien militaire. J’ai été soldat aux Nations Unies et 4 ans en Allemagne. La France a su elle, garder son autonomie, il faut saluer cette prise de position.

    Nous n’avons plus beaucoup de vétérans au Canada. Personnellement, cela fait seulement 4 ans que je bénéficie de ce statut. Aux nations unies, nous n’étions absolument pas considérés, alors que les gouvernements n’ont aucune idée de ce que nous avons enduré. 

    Question

    Tout à l’heure, vous avez parlé de la fête du maïs, pouvez vous nous parler un peu de vos
    cérémonies ?
     

    Les solstices sont très importants. Le soleil frappe de plus en plus fort et il faut se lever à 3h du matin pour le vénérer. Nous avons aussi la cérémonie du tabac, celle avec la courge, le maïs et la fève que l’on offre à la Mère Terre. Nous faisons un feu et des prières, les anciens parlent. Tout le monde peut venir au solstice, s’y exprimer et faire une offrande à la terre.

    L’ancien présentera le tabac aux 4 côtés, pourquoi ? Il y a 4 peuples sur la terre (noir, asiatique, autochtone et blanc) ; 4 points cardinaux nord, sud, est et ouest ; 4 éléments, l’air, l’eau, le soleil et la terre. Nous mangeons la soupe traditionnelle de maïs mélangée avec la courge et la fève, et les sagamités, repas traditionnels des premières nations, un mélange de viandes sauvages, très consistant que mangeaient les coureurs des bois vivant avec nous sur les communautés, après la cérémonie.

    Notre pain appelé « bannique »,  était fabriqué à base de farine de maïs. Nous le faisions cuire enroulé autour d’un bâton au dessus du feu ou dans la braise. 

    La fête du maïs permettait les rencontres avec les communautés extérieures. Le 21 de chaque saison, nous donnait l’occasion de ressortir le maïs, puis suivait un Pow Wow (danses), drums (tambours), tous mangeaient à leur faim et dansaient. Beaucoup de couleur et de plumes, c’est ainsi que nous fonctionnions. Tout ceci à changé avec le temps, mais cette fête se pratique encore un peu.

    Vous avez une belle devise « Liberté, Egalité et Fraternité », mais connaissez vous son origine ? ….des premières nations, d’un courrier français qui avait rencontré la nation où Pocahontas était princesse ! ! 

    Il demanda au chef :

    « Vous autres, vous êtes comment ? » ;

    « Nous sommes tous frères »,

    « Tous les sauvages sont des frères ? »

    « Oui »

    «  Tout le monde est égal et libre, la forêt est à tout le monde, tout le monde peut aller pêcher, chasser ?… » 

    Puis rentrant en France, il a sorti juste ses 3 mots « Liberté, Egalité et Fraternité ». Je ne pense pas que beaucoup connaissaient l’anecdote ! !

     Question

    Dans ce que vous décrivez, des communautés se débrouillent très bien socialement et économiquement, mais d’autres sont très pauvres, ce qui ne démontre pas vraiment une grande fraternité entres les communautés. Y a t il des conflits entre elles ?  

    Nous sommes en 2010, et il a fallu nous adapter. S’il existe des communautés appauvries, la faute en revient au gouvernement. Jusqu’en 2000 le gouvernement avait installé sur le territoire des Algonquins du lac Simon, l’eau courante, l’électricité, mis en place un système d’éducation….  Et du jour au lendemain, a supprimé toute aide et voulait déplacer ses membres à Maniwaki ou Val d’Or. Mais ils ne veulent pas quitter leur territoire, ils y sont chez eux. C’est leur petite « Gaulle » (rires de la salle). On revient en arrière.  Y a-t-il quelque chose d’intéressant ? des diamants, du pétrole, pour que le gouvernement fasse ainsi machine arrière ? 

    Tout le monde sait pertinemment qu’on trouve de l’or en Abitibi, ce n’est pas pour rien qu’une ville se nomme Val d’Or. Le gouvernement a inondé des terres, des forêts, afin de construire un barrage. La chasse et la pêche ont disparu !

    Maniwaki et Val d’Or voudraient dédommager la communauté, mais ce n’est pas ce qui l’intéresse. Je pense aussi qu’il faut conserver les traditions. Ils ne dérangent personne. Laissez les en paix, et rendez  leur, leurs droits !

    Je sais que de France, on leur envoie de l’argent. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose, c’est encourager la paresse….un peu comme le revenu minimum d’insertion pour quelqu’un qui n’a jamais travaillé, c’est nourrir le vice et la maladie. Enlever le travail à quelqu’un, c’est le tuer, voler la terre des premières nations, c’est la même chose.

    Si vous entendez parler un jour de la warrior society demandant de l’argent, fuyez ! !

     …..jamais les Mohawks ne le feront ! Nous sommes une communauté trop fière, indépendante par rapport à beaucoup, très forte spirituellement. La warrior society est une armée à l’intérieure d’une nation. Beaucoup ont essayé de nous détruire (anglais, français, hollandais…), mais nous avons une énergie en nous, qui impose le respect.

    Des personnes extérieures à la communauté, comme moi, transmettent la parole. Je viens de la porte de l’est, celle de notre naissance. Le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest, c’est pourquoi nous mourrons à l’ouest. Nous, Mohawks, nous sommes là pour protéger la porte de l’est, pour que la nature reste en vie. A l’ouest, ce sont les Seneca qui protègent la mort, pour chasser les mauvais esprits qui perturbent la mort. Ils finissent le travail commencé.

    A notre mort, nous retrouvons nos anciens, et avec eux nous formons un groupe pour aider ceux sur terre. Nous ne savons pas comment nous reviendrons, mais nous croyons en la réincarnation. Mon père m’avait dit qu’il ne voulait pas voir l’an 2000 et effectivement, il ne l’a pas vu. Il est mort à 99 ans, de sa belle mort, il était droit comme un i. Il est né en 1902 et avait connu les premières automobiles, le téléphone…. Je lui ai dit : « tu as fait ton temps, tu as vu tout ce que tu devais voir »

    Si je meurs demain, je suis sûr que je vais revenir, en quoi je ne sais pas ?

    Les anciens me disent ce que je dois faire et je le fais. 

    Question

    Si j’ai bien saisi, les anciens vous disent ce que vous devez faire. Dans le cas contraire,  vous vous réincarnez ?

    Non, ils nous transmettent leur vécu, et nous faisons de même, ce que je fais en ce moment avec vous. Quand mon heure viendra, je pourrais dire que mon travail sera accompli. Tout ce qu’on dit, vient du cœur. Si j’ai une plume d’aigle, c’est qu’elle m’a été transmise par un ancien. J’ai du respect pour cet animal, parce qu’il apporte mes messages au Créateur. Il est le porte parole entre le Créateur et la Mère Terre. C’est très important. Dans notre mythologie, il vient nous voir, nous parler. Pour nous, l’animal est la réincarnation d’un ancien. Je fais partie du clan du loup, d’autres du coyote ou encore du castor…..

     Je vais vous donner un exemple : les mères de clan vont protéger le village quand les hommes ne sont pas là. C’est tellement matriarcal, que nous avons un groupe de mères de clan dans chacune des 6 communautés. Il y a douze mois, donc 12 femmes par clan. Nous nous installons dans une maison longue et nous nous asseyons en cercle pour parler sans avoir à tourner la tête dans tous les sens. On sait, rien qu’en regardant une personne si elle va nous faire du mal, on le devine. Si par exemple, quelqu’un décide de marier sa fille, les mères de clan vont se réunir pour décider de la bonne décision à prendre. Il faut leur demander leur permission. Elles peuvent te répondre maintenant ou bien dans trois mois. Comme un ancien : si tu lui poses une question, il peut attendre 6 mois avant de te répondre. Il te dira : «  la réponse est en toi, trouve là ! ». Lui il sait, mais tu dois faire l’effort, c’est seulement après qu’il te dira si tu es sur la bonne voie !

    Quand les mères de clan se réunissent il n’y a pas d’hommes à l’intérieur de la maison. Il y a un homme à l’est et un à l’ouest, à l’extérieur, un protège le début et l’autre la fin. Les réunions peuvent durer 10 minutes comme 3 jours. Pour qu’elles se réunissent, il faut que ce soit très important comme pour la crise d’Oka.  Ce sont elles qui ont décidé d’appeler la Warrior Society et de la faire repartir. Si, elles décident de mettre une personne hors de la communauté, personne n’interviendra. Le chef de bande est là pour administrer la communauté. Si les gouvernements étaient dirigés par les femmes, je pense que çà irait beaucoup mieux.

     

    Patricia SENN : Présidente de l’association La Tribu Calumet

    Merci d’être présents ce soir. Je vais vous parler de notre association qui est toute jeune, bien que nous existions sous la forme d’un groupe de passionnés rencontrés sur internet depuis 2003, par contre, je connais Gilles et sa femme Louise depuis 2002.

    Nous participons à des actions en faveur de la culture amérindienne, cependant, nous n’intervenons pas sur les affaires des natives. Nous ne voulons pas nous poser en donneurs de leçons, nous voulons juste les aider à finaliser leurs projets.

    Nous avons jusqu’à présent acheté un bison pour la réserve de Pine Ridge, la plus sinistrée d’entres toutes, sous l’action de l’association Earth Village et d’Henry Red Cloud, afin que les lakotas soient auto suffisants. Nous avons fait un don à l’acteur amérindien Jay Tavare lorsqu’il a couru le marathon de Los Angeles. afin de récolter des fonds pour l’association « Adopt A Native Elder ». Enfin, nous avons invité pour deux mois et demi, Gilles et Louise afin d’intervenir dans les écoles, participer et animer les marchés de noël et parler de notre projet ambitieux d’inviter les « Gardiens de la Porte de l'Est », drummers et danseurs mondialement reconnus du village de Kahnawake de la nation Mohawk et des Iroquois du Canada, la milice Coloniale de Trois-Rivières, Fort Ingall, ainsi que d'autres intervenants pour une reconstitution historique du XVIIIème siècle. Nous voulons faire un évènement sur le Vexin Français qui n’a jamais eu lieu encore.

    Nous cherchons des financements pour ce projet. Nous avons besoin de mécènes intéressés par notre action, c’est également pour en parler que nous sommes ici ce soir.

     GILLES

    Nous aimerions vous conter l’histoire de la Nouvelle France. La venue des français en terre d’Amérique est une époque peu connue chez vous. Vos ancêtres sont partis en apportant leurs connaissances comme des plans de construction de maisons, ainsi je n’ai pas été du tout dépaysé lorsque je suis arrivée ici. J’ai retrouvé quelque part des bâtiments similaires à ceux de Trois Rivières, Montreal et Québec.

    Nous voulons vous relater l’histoire des relations et partenariats entre nos nations et les coureurs des bois, les gouverneurs, les interdits….les postes de traite, montrer la vie à ce moment du siècle, les vêtements, le langage…. Bien sûr il y avait les mauvais côtés : l’eau de feu par exemple. Nous ne connaissions pas. Montcalm ne voulait pas qu’on en boive, mais les abus ont existé !

    La religion nous interdisait de parler notre langue dans les écoles. Je n’avais pas de problème, car je ne parlais pas le dialecte, mais mon teint foncé m’a attiré quelques soucis. Il l’est beaucoup moins maintenant. Je suis rentré très souvent avec des bleus et des bosses. Ce sont des choses qui m’ont marqué. Je respecte les personnes croyantes, mais personnellement, cela fait longtemps que j’ai fait une « croix » (oups ! !) sur la religion telle que vous la concevez.  

    Je crois que cet événement permettra d’apprendre en revivant une page d’histoire.

    Merci beaucoup.

    REPORTAGE DE  

     

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