• Conférence Ciné Alter'Natif avec le wapikoni mobile - le 3 octobre 2013

     
    LE FESTIVAL CINE ALTER'NATIF 2013 FÊTE SES 5 ANS !

     

        
     
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    http://www.wapikoni.ca/ 

    Le centre culturel canadien a accueilli pour la deuxième année consécutive le Festival Ciné Alter’Natif, organisé par l’association De la Plume à l’Ecran.
    Il s’est déroulé sur Paris, Nantes et près de Metz jusqu’au 18 octobre 2013.

     

    « Nous avons ce soir le plaisir d’accueillir des représentants du Wapikoni Mobile, Emilie et Nahka. Le Wapikoni Mobile est un studio ambulant de création audiovisuelle et musicale, qui parcourt les communautés autochtones à travers la province du Québec ».

      

     (les photos sont pour la plupart de l'association de la plume à l'écran)

      Bonsoir, je suis Sophie Gergaud et voici Cécile Vaillant  avec qui nous avons créé l’association De la Plume à l’Ecran et ce festival. Ce soir, c’est l’ouverture de la 5ème édition. Lorsque nous nous sommes rencontrées avec Cécile, il y a environ 7 ans, nous n’aurions jamais imaginé qu’il prendrait une telle ampleur. Merci au Centre Culturel Canadien de nous accueillir de nouveau. Nous avons apprécié la soirée de l’année dernière qui a lancé le festival avec REEL INJUN, c’est pour cela que nous tenions à y revenir.

    Chaque année est une aventure tant il est compliqué, voire même douloureux de monter un festival, mais en retour, nous trouvons tellement de plaisir à vous faire partager ces moments et la passion du cinéma avec nos invités, que l’effort en vaut la peine. Merci encore d’être venus si nombreux.

    Pourquoi avons-nous choisi en ouverture de ce festival de donner carte blanche au Wapikoni Mobile ?

    Tout simplement en hommage aux premiers films amérindiens que nous avions découvert, juste avant de créer le festival.

    C’est aussi un projet cinématographique qui nous tient à cœur, pour les jeunes autochtones. Nous sommes là pour leur apprendre à se développer artistiquement, et certains se découvrent des vocations. Chaque année, nous programmons un réalisateur reconnu, Kevin Patatie, avec une expression artistique très particulière. Le Wapikoni est une structure, avec son style, vous reconnaissez leurs films, mais en même temps, il laisse la spécificité individuelle des artistes et des jeunes qui participent.

    Le Wapikoni Mobile fêtera l’année prochaine ses dix ans. C’est un peu un anniversaire en avance. Nous avons élaboré une programmation pour vous montrer la grande diversité de leurs film :, fictions, cinéma expérimental, documentaires, vidéos clip, variété des genres et thématiques... car ce sont les jeunes qui choisissent les sujets sur lesquels ils veulent travailler.

    Nous avons aussi choisi de vous projeter les films qui ont été primés au cours des 4 dernières années du festival.

    Il faut aussi remercier les institutions qui nous financent, et spécialement et très sincèrement la mairie de Nantes, grâce à qui ce festival existe. A Nantes, la mairie finance le Prix Jeunesse. Chaque année, un jury de jeunes choisit le meilleur court-métrage de la sélection qu’on leur soumet. Les 3 premières années, ce ne sont que des films du Wapikoni qui étaient sélectionnés. L’année dernière, elle a été ouverte à tout le continent américain, pas seulement du Nord, et c’est encore un film du Wapikoni qui a gagné.

    Une précision qui nous tient à cœur : nous ouvrons toujours nos films aux sourds et mal entendants. La mairie de Nantes finance les séances avec le Service handicap, et, sur Paris, une interprète en langue des signes aime tellement notre festival qu’elle a accepté de traduire pour nous le film de Cory « Smokin' Fish »

    Je vais donc laisser la parole à Emilie et Nahka afin qu’elles se présentent. Merci beaucoup.

     

    Emilie : Comme je ne sais pas s’il y a des Canadiens ou Québécois dans la salle, je vous salue dans ma langue : Kwei (Anishnabe)veut dire bonjour. Je m’appelle Emilie Monnet, ma mère vient de la communauté de Kitigan-Zibi, du côté de Maniwaki. Pour ceux qui connaissent le Québec, c’est à 3h et demi de Montreal. Je suis Anishnabe, mais mon père est français. C’est donc très émouvant pour moi d’être ici en France. J’ai grandi en Bretagne, dans le Finistère.

     Nahka : Je m’appelle Nahka Bertrand (Déné). Mon père vient du Territoire du Nord- Ouest et ma mère est québécoise. Moi aussi, j’ai des ancêtres français et cela me fait très plaisir d’être en France pour y découvrir aussi mes racines.

     

    Deidra : Je suis Navajo, de Flagstaff (Arizona), je vous remercie beaucoup d’être ici avec nous.

     

    Jake : J’ai grandi dans la culture hopi, mais je suis Navajo. Vous allez voir d’excellents films et j’ai hâte de voir tous ceux présentés lors de ce festival.

     

      

    Nahka: Par rapport à mon expérience avec le Wapikoni Mobile, j’ai envoyé des films partout dans le monde. Cette année nous étions représentés par 100 films, un chiffre plutôt honorable. Cet été, j’ai coordonné une escale. J’étais là pour la logistique afin que tout se passe bien.

    Emilie: Le Wapikoni Mobile est un organisme qui a été créé en 2004. Au départ, deux bus scolaires ont été transformés en studio mobile, avec un lourd projet, celui de monter des films avec des jeunes de la rue, en allant de communauté en communauté. Le projet a pris de l’ampleur puisqu’il emploie désormais 15 salariés à temps plein au rythme de 12 à 15 escales par année. La durée d’une escale est d’un mois et reste assez cher. Il nous est donc impossible d’en faire plus. Après 10 ans, c’est plus de 600 films et courts-métrages de 5 mn ou moins qui ont été réalisés, comme ceux que vous venez de voir, et plus de 450 enregistrements musicaux. Samian, je ne sais pas si vous le connaissez ici, est un musicien et artiste hip-hop, très connu de la scène musicale québécoise et canadienne. Il rappe en algonquin, a enregistré 2 CD, et c’est grâce au Wapikoni Mobile qu’il a pu commencer sa carrière. Il est évident que les jeunes ne deviennent pas tous cinéastes, mais c’est une chance pour eux de pouvoir s’exprimer à travers un film. Toutefois, certains d’entre eux souhaitent vraiment s’engager dans la profession. Le Wapikoni Mobile offre beaucoup d’opportunités afin qu’ils puissent s’épanouir. Nous fonctionnons aussi grâce au partenariat, entre autres avec Sony. Le défi du Wapikoni est que les jeunes puissent continuer à se former après notre passage. La solution a été de leur offrir caméras, ordinateurs et logiciels de montage. Les jeunes gagnent du matériel par leur film.

    Nous passons dans 25 communautés au Québec, et petit à petit le réseau s’étend à travers le Canada. La première escale a lieu en Ontario, en ce moment même, mais aussi en Amérique du Sud, au Chili, en Bolivie, au Pérou avec une ONG. Nous réalisons plusieurs projets avec les cinéastes autochtones. Par exemple cet hiver, 3 jeunes cinéastes du Wapikoni sont partis faire un échange avec les Sami en Finlande. Ils ont produit un film sur l’expérience en Papouasie Nouvelle-Guinée et en Equateur. De plus en plus d’opportunités comme celles-ci se présentent. A mon sens, le Wapikoni ne se limite pas à la réalisation d’un film, mais il permet aussi aux jeunes de prendre confiance dans la voie qu’ils choisissent et dans leur capacité à s’exprimer. Cela peut les inciter à devenir de futurs leaders et pouvoir ainsi mieux défendre leur communauté.

    QUESTIONS :

    Quand je vois tous ces films, plus magnifiques les uns que les autres, je me demande si vous ne pourriez pas envisager un long métrage et passer dans une grande salle ?

    L’institut national de l’image et du son (INIS), d’où sortent la plupart des cinéastes québécois, devait suivre 3 jeunes cinéastes dont Kevin PAPATIE (dont on a vu deux films), pour qu’ils soient « coachés » sur un long métrage, mais cela n’a pas abouti. Souvent, ce sont des problèmes de financement qui bloquent. Nous avons un gouvernement très conservateur ,pas seulement au niveau des questions autochtones, mais également environnementales, qui impose des restrictions budgétaires conséquentes. Pour notre équipe, un mois sur place n’est pas suffisant pour que les jeunes soient complètement autonomes et se lancent dans un long métrage.

    Il y a peut-être moyen de faire des montages à partir de plusieurs films ?

    Oui, tout à fait. Le concept du Wapikoni est de 5 mn par film et l’on s’est aperçu que le format du film lui permettait d’être plus souvent projeté. Certains films sont sélectionnés pour être en première partie d’un long métrage. Le court-métrage de Kevin PAPATIE a été diffusé juste avant celui du cinéaste québécois Denys ARCAND (Les invasions barbares). Cela a permis à un large public de le découvrir. D’après Manon BARBEAU, la fondatrice du Wapikoni, si un film fait plus de 5 mn, il est plus difficile à projeter.

    Est-ce que les films réalisés sont ensuite vus dans les communautés ?

    Nahka: A la fin de l’escale, les films terminés sont projetés dans un gymnase. La présidente est présente et c’est une grande fierté pour les réalisateurs de pouvoir les montrer.

    Emilie: J’étais sur une escale, de là où ma mère est originaire, lors d’une projection devant toute la communauté. Une annonce est faite dans le journal hebdomadaire de la communauté, à la radio, pendant le bingo (rires dans la salle). Les films circulent sur internet. Ce n’est pas parce que les communautés sont isolées que les personnes sont déconnectées, même si dans certains endroits, l’électricité est obtenue par des génératrices à pétrole.

     

    Nahka: Le 15 octobre, un grand lancement de la sélection des films du Wapikoni à Montreal, dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma, est organisé. Environ 350 personnes viennent chaque année, les jeunes sont fiers et une caméra est offerte au jeune réalisateur qui a gagné le prix du public.

    Vous avez dit que le Wapikoni visitait d’autres pays, notamment en Amérique du Sud avec une langue différente, l’espagnol. Pourquoi n’iriez-vous pas, par exemple, en Guyane française où résident 10 000 autochtones. Des points communs comme malheureusement l’alcoolisme, les internats religieux qui déportaient les enfants (aucun documentaire dessus) existent. Ce serait sympathique que les autochtones de Guyane Française voient également d’autres autochtones, d’ailleurs parlant le français.

    Sophie: C’est justement le projet de 2014. Une mission de repérage est prévue en novembre afin de voir quelles communautés sont intéressées.

    Emilie: C’est le partenariat avec une ONG qui nous a permis de partir en Amérique du Sud. Au Wapikoni, nous avons deux personnes chargées, à plein temps, de trouver des financements.

    Lorsque des jeunes vont à l’étranger, cela renforce leur sentiment d’identité. Ce sont les retours que nous avons eus. J’ai aussi ce sentiment pour avoir passé beaucoup de temps en Amérique du Ssud dans les communautés autochtones. Sur ces territoires, la politique semble impacter beaucoup plus le quotidien des gens, pas forcément positivement. On semble plus conscient des accords de libre échange internationaux et des incidences directes sur le mode de vie et l’économie des familles. Quand les jeunes partent là-bas et constatent les injustices ou les violations des droits autochtones, ils se rendent compte que même si au Canada tout est loin d’être parfait, et que les injustices perdurent, nous avons, cependant, plus de programmes, comme le Wapikoni, financés par le gouvernement. Ces expériences ouvrent l’esprit et les amènent à s’enraciner davantage dans leur propre identité, à mieux comprendre leur culture, leur histoire et leurs traditions.

    Nahka: Kevin PAPATIE a justement produit un film sur les Zapatistes au Mexique « Nous sommes ». Vous pourrez le voir sur internet. Sur notre site, tous les films sont disponibles.
    photo wapikoni mobile 

     

    Pour la question suivante, je n’entend pas la personne

    Emilie : Comme vous avez pu le voir, la qualité varie d’un film à l’autre, mais vous pouvez vous rendre compte comment le jeune a été accompagné dans la réalisation. Ce qui est primordial, c’est que sa création garde son empreinte personnelle.

    Au début, ce n’était pas toujours facile, les jeunes n’étaient pas forcément plus intéressés que ça. C’est plus simple aujourd’hui, encore faut-il posséder son sujet. L’alcoolisme en est justement un qui revient souvent. Beaucoup de films ont été tournés sur ce thème récurrent, alors nous leur disons « en quoi celui-ci sera-t-il différent des autres ? »

    On nous propose parfois des fictions, mais le Wapikoni mobile n’encourage pas ce genre de film. Nous préférons les documentaires, les films plus expérimentaux, les portraits. Cependant, il nous arrive de découvrir dans certaines communautés des cinéastes en herbe, talentueux, alors dans ce cas, nous dérogeons parfois à la règle, tout en l’accompagnant. C’est le rôle de notre cinéaste, de pousser le jeune à trouver sa propre voie, son message, sans être trop influencé par les productions hollywoodiennes.

    Au niveau de la distribution, le Wapikoni Mobile est un organisme à but non lucratif. C’est un élément important pour le lien de confiance avec la communauté et les jeunes car, trop longtemps, des non-autochtones ont abusé et profité des savoirs pour se les approprier et s’en enrichir sans qu’il y ait de retombées sur la communauté. Avec nous, le jeune est propriétaire de son film et peut, s’il le souhaite, le diffuser sur Youtube.

    Les bénéfices, comme par exemple l’argent perçu par la diffusion de films à la télévision, seront réinvestis dans le projet, ce qui financera d’autres escales.

    Il y a vraiment des films magnifiques. Nous avons découvert un jeune du nom de Russel qui en est à son 3ème film.

      
    photo wapikoni mobile 

    La première année, il a souhaité produire un film sur son homosexualité qu’on désigne par le terme « deux esprits » en langage autochtone. « Deux esprits », c’est avoir l’esprit masculin et féminin en soi. Il voulait retranscrire la difficulté de grandir sur une réserve, où la colonisation et le patriarcat ont fait beaucoup de ravages à ce sujet. Tout un enseignement traditionnel existait sur les « deux esprits ». Son film est une réappropriation de ce savoir. Comme il était mineur à l’époque, les parents devaient signer une autorisation. Le père était venu visionner le film à la roulotte. A la moitié du film, il a refusé de voir le reste en découvrant l’homosexualité de son fils et a bloqué la diffusion par le Wapikoni. Le jeune s’est déscolarisé et, dans un contexte où le suicide est très présent, ces conséquences n’avaient rien de rassurant. C’est pourquoi, nous avons toujours au Wapikoni un intervenant jeunesse qui travaille en collaboration avec les services sociaux de la communauté et les psychologues de l’école.

    Dans certains films, comme « Huis clos » que vous venez de voir, les gens se livrent ouvertement devant leur communauté où tout le monde se connait. C’est un exercice périlleux et, comme nous partons après des projections, nous ne pouvons toujours être là pour accompagner ces personnes dans leur nouveau cheminement.

    Ce jeune a également tourné cette année un film sur sa surdité. C’est une réflexion sur les mots et les paroles qu’il aurait aimé entendre dans sa vie.

    Un lien sur une autre de ses productions : « Wish upon a star »

    http://www.wapikoni.ca/films/wish-upon-a-star

     

    Nous avons également fait un film sur des jeunes filles de 19 ans qui chassent avec leurs pères, afin de découvrir pourquoi il est important pour une fille d’apprendre à chasser, en quoi cela est-il différent entre un homme et une femme et quel est le rapport avec la spiritualité et la tradition des ancêtres…

    Est-ce que le film [sur les] deux esprits est sorti ?

    Emilie : Non, bien qu’il soit encore au Wapikoni et que Russel ait maintenant 19 ans, il pourrait sortir. Mais cela a tellement eu de conséquences dans sa famille que c’est un peu délicat. Peut être avec le temps. On en parlait récemment car il y pense et c’est un très beau film.

    Nahka: Nous faisons partie d’un groupe de cinq femmes autochtones jouant au tambour ODAYA. Cela veut dire « le cœur » en anishnabe, comme le fruit « la fraise ».

    Emilie: Cela vient d’un mot qui veut dire « fraise » et la traduction littérale en deux mots : amour – fruit, donc le fruit de l’amour. Nous avons encore quelques rites de passages, bien que ces traditions se soient perdues avec le temps, mais certaines personnes les pratiquent encore. Il existe un rite pour la jeune fille lorsqu’elle a ses premières menstruations. Elle doit faire un jeûne de fraises et elle vient s’assoir avec les grands-mères de la communauté afin de recevoir de très beaux enseignements liés aux valeurs féminines, l’amour, la compassion…. Nous avons choisi ce mot parce que nous l’aimions. Il y a d’autres membres du groupe, des nations Iroquoises, Wendate et Mohawks. Dans leurs langues, il y a beaucoup de sonorité en « AY », la nôtre est un melting-pot. Nous venons toutes d’une nation différente. Moi je suis anishnabe, Nahka est déné, Anik est wendate, Kim est innue, Lisa est sauteault.

     Nous nous sommes rencontrées en 2007. Nahka ne chantait pas encore à l’époque, nous travaillions pour une association qui s’appelle Ffemmes autochtones du Québec, qui milite beaucoup pour le droit des femmes. Nahka nous a rejointes, il y a deux ans. Nous avions été invitées à jouer du tambour avec un groupe de femmes du Rwanda à la fois Tutsi et Hutu, après le génocide, même si le tambour était interdit traditionnellement pour les femmes au Rwanda, elles ont décidé de l’utiliser comme moyen de guérison et de réconciliation avec leur peuple. Il existe beaucoup de similarités entre nos 2 peuples. Le génocide est un sujet qui nous rapproche. Nous en avons aussi souffert. On peut parler aussi d’ethnocide, de génocide culturel avec la situation des pensionnats indiens. Justement Nahka a une histoire à ce sujet.

    Nahka: Mon grand-père a été adopté par la famille Bertrand, un nom donné par les jésuites, dans le Territoire du Nord-Ouest, et nous avons alors perdu notre nom de famille. Nous ne savons pas quel est notre vrai nom. En 1921, a été écrit le traité numéro 11. Les Déné, la première année que sont venus les commissaires, ne voulaient pas de traité. L’année suivante, un commissaire malade de la tuberculose a contaminé toute notre population. Beaucoup de mes ancêtres sont morts. Mon père et mon grand-père étaient parmi les rares survivants. C’est au décès de mon grand-père que mon père a été alors adopté. Voilà un exemple de génocide.

    Emilie: Peut-être avez-vous entendu parler des couvertures de varicelle ? C’est une des stratégies qui ont beaucoup fonctionné pour exterminer les peuples autochtones. Des agents donnaient volontairement des couvertures contaminées pour exterminer notre peuple !

      

    C’est un chant anishnabe de célébration pour les femmes, qui a été composé en prison par des femmes autochtones. De grosses manifestations au sein des prisons ont eu lieu, ce qui a conduit à la séparation des hommes et des femmes au Canada. On a déploré beaucoup de morts au pénitencier de Kingston, mais les femmes qui ont entonné ce chant ont été épargnées. Il est aujourd’hui connu et partagé à travers tout le pays. Nous avons des chants sur plein de thèmes différents, mais certains ne peuvent pas être interprétés en public.

    Le tambour que vous avez utilisé me fait penser au mouvement « IDLE NO MORE - fini la passivité », et justement cet instrument a symbolisé une forme de revendication très forte. Y aviez vous participé, et les jeunes du Wapikoni ont-ils filmé puisque cela se passait au Canada et même au-delà ?

    Nahka: Oui, nous y avons participé ainsi qu’Emilie, et nous avons tenu un atelier lors du Forum social mondial. Melissa Mollen Dupuis, une leader du mouvement, a fait un film cet été sur IDLE NO MORE et les sables bitumineux en Alberta.

    Emilie: Pour ceux qui ne connaissent pas ce mouvement, en décembre de l’année dernière, le gouvernement Harper (premier ministre du Canada), a passé la loi C32 pour privatiser tous les cours d’eau au Canada. Beaucoup d’entre eux se trouvent sur des territoires autochtones d’après la constitution canadienne. Le gouvernement ne peut donc pas prendre ce genre de décision sans avoir consulté les communautés. Il a cependant passé outre et, suite à cela, beaucoup de communautés ont décidé d’aller à la Cour suprême pour intenter un procès.

    Quatre femmes du Saskatchewan, 2 Cree et 2 non-autochtones, ont créé « IDLE NO MORE », afin d’être actives et de lutter contre cette loi. Grâce aux réseaux sociaux, que les autochtones adorent (facebook, twitter), ce combat est devenu national. A la même époque en décembre, la chef Theresa Spence d'Attawapiskat a entamé une grève de la faim pour dénoncer les conditions tiers-mondistes des communautés, alors que le gouvernement ne cesse de s’enrichir de l’extraction des ressources naturelles.

    Lors de son jeûne, elle a demandé à s’entretenir avec les membres du gouvernement et la reine d’Angleterre, car les traités signés avec les nations autochtones l’ont été avec les Anglais, de nation à nation. Etant une nation, nous sommes sous tutelle du gouvernement et de la reine d’Angleterre. Le gouverneur général du Canada est le représentant légal de la reine d’Angleterre car nous sommes un pays du Commonwealth.

    Elle a tenu 47 jours sans manger, buvant juste du bouillon de poissons. Beaucoup de personnes sont venues pour des cérémonies et prier pour elle, sur l’île Victoria en face de la colline parlementaire à Ottawa, là où elle s’était installée….un lieu symbolique pour mon peuple.

    Le mouvement a aussi été reconnu internationalement, notamment en France, puisqu’un article a été publié dans «Le Monde. La BBC a aussi relayé l’information, au contraire des journaux canadiens qui n’en parlaient pas.

    Avec la pression, le gouvernement et son Premier ministre ont du accepter de la voir, mais le gouverneur général a refusé. Thérésa n’a alors pas souhaité, non plus, cette rencontre.

    L’engouement a inspiré de nombreux artistes : chanteurs, cinéastes… Une solidarité s’est créée entre les communautés autochtones à travers le Canada et les Etats-Unis. Ce combat est devenu comme un symbole de résistance autochtone.

    Comme toute actualité, on constate d’abord un pic dans le feu de l’action, puis l’info s’essouffle un peu. Il faut continuer à la relayer en permanence de sorte que les personnes n’oublient pas toutes ces injustices, et ces projets de loi injustes qu’il faut continuer à combattre.

    En ce moment, IDLE NO MORE se focalise beaucoup sur les sables bitumineux et les gaz de schiste, c'est-à-dire sur la question de l’extraction des ressources naturelles. Je pense que si ce mouvement a pris autant d’ampleur, c’est parce que la question de l’eau est un problème qui concerne tout le monde, autochtones et non-autochtones. Avoir de l’eau potable est un droit universel, c’est un enjeu planétaire. C’est la raison pour laquelle le mouvement de solidarité a dépassé notre communauté !

    http://www.delaplumealecran.org/#camerindien;presentation

     moiREPORTAGE DE PATRICIA 

     

     


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